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Alain Vanet
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Allemagne, génocide et controverses?
Page 2

Allemagne, génocide et controverses…

Famine dans les asiles sous Vichy
Une historienne conteste la thèse du génocide


Sans occulter la souffrance des victimes, l'historienne lyonnaise Isabelle von Bueltzingsloewen publie un ouvrage exceptionnel, « l'Hécatombe des fous »*, dans lequel elle livre une interprétation sur la famine ayant entraîné la mort de 45 000 malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques français sous l'Occupation. Preuves à l'appui, elle réfute aujourd'hui la thèse d'une « extermination » programmée.

«Chaque matin, en ouvrant les portes, les surveillantes ont un mouvement de recul. Les salles sentent le cadavre. Un de ces matins-là, un jour de juillet – tu viens d'avoir 38ans –, on constate ton décès. Tu es morte de faim.» En citant d'entrée de jeu ce témoignage bouleversant, par lequel l'écrivain lyonnais Charles Juliet (« Lambeaux », POL) évoque le décès de sa mère, internée à l'asile Sainte-Madeleine de Bourg-en-Bresse, dans l'Ain, en 1942, l'historienne résume toute la complexité d'une recherche fondée sur des témoignages insoutenables, et dont beaucoup auraient souhaité qu'elle révèle non pas ce que l'on ignorait, mais ce qui était supposé caché.

Des décennies durant, l'histoire de cette «hécatombe» est restée à l'abri des milieux psychiatriques, jusqu'à ce qu'un jeune psychiatre de l'hôpital du Vinatier, à Bron (Rhône), Max Lafont, publie un livre intitulé « l'Extermination douce », en 1987 (Le Cellier-Lignier). De cette lecture, l'écrivain Charles Juliet explique avoir d'emblée tirer une certitude : sa mère avait été victime de la politique d'extermination mise en oeuvre par les Allemands dans les hôpitaux psychiatriques français sous l'Occupation. Dans les médias, et plus particulièrement le journal « le Monde », la «lâcheté et l'inconscience» des psychiatres en exercice durant la Seconde Guerre mondiale et «la conspiration du silence» ont alors rapidement été dénoncées.

La polémique ainsi lancée était réactivée en 1998 avec la parution de l'ouvrage d'un autre psychiatre exerçant au Vinatier (hôpital lyionnais), le Dr Patrick Lemoine, qui reprenait alors la thèse de l'extermination douce dans « Droit d'asiles » (Odile Jacob), une fiction documentée. Enfin, en 2001, les éditions Syllepse saisissaient la balle au bond en rééditant « le Train des fous », roman de Pierre Durand, qui évoquait la famine à l'hôpital de Clermont-de-l'Oise. Puis, la même maison d'édition lançait une pétition titrée « Pour que la douleur s'achève » ; elle demandait au gouvernement de «reconnaître les responsabilités de l'Etat français d'hier dans le drame, comme il l'a fait pour d'autres victimes».

Devoir de rigueur.

C'est dans ce contexte passionnel qu'Isabelle von Bueltzingsloewen, maître de conférence en histoire contemporaine à l'université Lyon-II et membre du laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (Larhra), a mené son enquête, pour tenter de reconstituer le passé, preuves et chiffres à l'appui, et d'en livrer une interprétation. Or, selon elle, il n'existerait aucune trace écrite d'une «famine intentionnelle» en France, alors que, dans l'Allemagne nazie, l'opération « T4 », totalement secrète et visant à éliminer ce qu'il était convenu d'appeler des «enveloppes humaines vides», a laissé des archives énormes ; dans ce pays, ce sont 71 000 patients qui auraient été gazés.

Comment expliquer, alors, le nombre des victimes de la famine dans les hôpitaux psychiatriques français ? Le gouvernement de Vichy pouvait-il être accusé d'«abandon à la mort» ou de «non-assistance à personne en danger» ? Isabelle von Bueltzingsloewen repousse également ces deux hypothèses : elle rappelle que, si certains psychiatres ont pu adopter des attitudes aberrantes en diagnostiquant des « avitaminoses » chez leurs malades affamés, la majorité d'entre eux sembleraient avoir mené campagne pour dénoncer cette situation. Et cela a abouti à la circulaire Bonnafous, du nom du secrétaire d'Etat au Ravitaillement, dont l'épouse était psychiatre, le 4 décembre 1942. Elle attribuait des rations supplémentaires aux malades mentaux. Dès l'année suivante, la surmortalité a décru. De la thèse d'une extermination douce, il ne reste donc rien. D'ailleurs, les malades internés dans des établissements dont les départements étaient mieux approvisionnés que d'autres s'en seraient mieux sortis. «Que la réalité historique soit purement et simplement congédiée, pour ne pas dire falsifiée, au nom d'impératifs militants déclarés supérieurs pose gravement problème», souligne l'historienne dans son épilogue. Et de conclure : «Le devoir de mémoire n'a de sens que s'il est aussi un devoir de rigueur.»


CAROLINE FAESCH
* « La Famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l'Occupation », Edition Aubier, collection « Historique », 508 pages, 22 euros.
Le Quotidien du Médecin du : 06/03/2007

 



 
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