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Alain Vanet
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Chrétiens d'Orient Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

 

Chrétiens d’Orient : la menace

C’est une certitude. Les chrétiens minoritaires au Proche-Orient sont, de fragiles, devenus extrêmement vulnérables. Leur destin bascule sans que nul ne paraisse en mesure ou n'ait le désir d’empêcher l'accomplissement d’une tragédie.

Pourtant, c'est en Orient qu'est né le christianisme, pas ailleurs. Aux vagues d'émigrations survenues durant les crises de l'Empire ottoman, des deux guerres mondiales et de la guerre au Liban succède désormais un nouvel exode, silencieux celui-là. En cours depuis les années 1950-60, il s'est encore amplifié en raison de l'aggravation du conflit israélo-palestinien, des poursuites d'une guerre qui ne dit pas son nom en Irak, de la persistance des troubles politiques au Liban, d'une pression de plus en plus forte sur les chrétiens dans certains pays comme l'Égypte.
Hémorragie. Coptes, maronites. Grecs orthodoxes ou catholiques, Arméniens orthodoxes ou catholiques, protestants, chaldéens, malabars, assyriens, malankars, syriaques ... les chrétiens occupent les terres d'Orient depuis la nuit des temps.

La diversité des communautés chrétiennes atteste de leur richesse, de leur ouverture, de leurs ressources. Qu'en reste-t-il aujourd'hui? Combien sont-ils? Les plus optimistes avancent le nombre de 12 millions pour 150 millions de musulmans. Des chiffres à prendre avec prudence, car ils ne sont plus simplement porteurs de statistiques mais de messages politiques. Quand l'Église copte annonce entre 10 et 10 millions de chrétiens pour la seule ÉgyPte, les recensements démographiques les évaluent plutôt entre 6 et 8 millions. Mêmes effets d'annonces un peu partout au Proche-Orient. Derniers remparts d'une réalité difficile à accepter ou réflexe de survie?
Il paraît plus juste d'évaluer le nombre global des chrétiens à 10 millions d'âmes si l'on tient compte des mouvements enregistrés ces quinze dernières années. D'ailleurs, l'hémorragie est perceptible dans tous les pays du Proche-Orient. Et le Liban n'est plus l'exception qui confirme la règle.
Les retours de la jeunesse libanaise, enregistrés entre 2004 et 2006 pour contribuer à la relance du pays, ont été remis en cause après la réplique militaire d'Israël durant l'été 2006.

En Irak, depuis la chute de Saddam Hussein, le chaos "emporte sur le modèle de démocratie espéré. Dans la lutte impitoyable qui oppose les insurgés sunnites aux chiites, les chrétiens subissent le pire. Actes de torture, enlèvements, menaces de mort, contraignent les familles à abandonner leurs biens et leurs terres en échange de leurs vies, et à fuir vers les pays limitrophes comme la Syrie, la Jordanie, la Turquie ou encore le Liban. Mais la précarité la plus extrême des chrétiens se situe là précisément où existentiellement et historiquement tout a commencé: à Jérusalem.

Globalement, le nombre de chrétiens représente moins de 2 % de l'ensemble des Palestiniens vivant dans les territoires occupés. Ils étaient 20 % en 1947, 13 % en 1967 ! Ils ne sont plus que 2 % en Israël. Bethléem même, a vu en 2000 sa population chrétienne devenir minoritaire pour la première fois de son histoire. Les chrétiens y ont-ils encore leur place ou sont-ils condamnés à revenir contempler les vieilles pierres de Jérusalem en tant que pèlerins quand celle-ci était peuplée d'hommes?

L'impact des conflits.

Les conflits au Proche-Orient ont toujours eu des répercussions désastreuses sur les chrétiens, le plus souvent tiraillés entre leurs affinités avec la modernité occidentale et leur sentiment d'appartenance au monde arabe. Or, des interventions et ou politiques arabes développées par l'occident depuis plusieurs décennies, notamment depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, découle une majeure partie des conflits actuels. Le Proche-Orient, marqué par des humiliations et des injustices, s'inscrit de plus en plus comme le catalyseur de tous les mécontentements face à un occident ressenti comme arrogant ou condescendant.

Pauvreté, concurrence entre les communautés, régime totalitaire en lieu et place des institutions établies par l'Occident lors de l'indépendance ... Les chrétiens n'ont pas toujours adopté les meilleures stratégies pour se développer ou simplement survivre. Placés dans des contextes politiques, confessionnels, géopolitiques complexes, les chrétiens d'Orient ont adopté des attitudes différentes. Les coptes d'Égypte ainsi se communautarisent pour se protéger. Pour remédier au déficit de leur pays en terme d'éducation, de prise en charge médicale, ils créent leurs structures éducatives, dispensaires ... Même réaction en Israël avec l'exil en plus, car, les chrétiens subissent comme les Palestiniens, des conditions de vie difficiles et précaires. En Irak, les Chaldéens dès la chute de l'empire ottoman prônent l'intégration nationale et la loyauté à la société irakienne. Une attitude qui sera sensiblement la même pour les Syriaques. Les Assyriens subiront quant à eux un génocide en 1933 après avoir proclamé leur droit à l'autodétermination. Contestables, vu de l'extérieur, ces options stratégiques le sont potentiellement. Mais avaient-ils le choix et pouvaient-ils faire autrement ? Et surtout quelle place peuvent avoir les chrétiens aujourd'hui dans un contexte de montée des intégrismes?


Radicalisation.

Dans les rues du Caire, face à l''envoilement'' des femmes musulmanes de plus en plus prégnant, les femmes chrétiennes disent rallonger leurs jupes, éviter les décolletés ou les bras nus ... Qui avouerait une gêne dans ce qui paraît être un détail vestimentaire? C'est oublier d'autres pressions comme l'impossibilité d'accéder à certains métiers, la conversion des chrétiens par crainte, la conversion interdite pour un musulman. En butte aux discriminations et à une intolérance de plus en plus agressive de la part des extrémismes musulmans, de nombreux coptes disent avoir peur mais dans les régions rurales, musulmans et coptes ne se posent pas de question. La vie ensemble a toujours été sereine. En Irak, au Pakistan, en Syrie, au Liban même, perle de la démocratie arabe, les chrétiens d'Orient évoquent ce même sentiment d'insécurité. Une peur déniée par beaucoup d'experts mais qui, sans être généralisée, est exprimée par de très nombreuses familles. «Nous nous entendons bien en apparence, confie Mireille, étudiante libanaise, grecque catholique, mais quel pays subissant de telles tensions résisterait? Quand les nerfs sont à bout, les communautés se replient et finissent par voir dans l'autre la source des problèmes. Au-delà, nous avons toujours vécu ensemble.
Les intégristes, eux, veulent que les chrétiens se convertissent. » Une crainte renforcée par un sentiment d'isolement profond et la certitude, pour ne parler que d'elle, d'une France incapable désormais d'assurer leur protection ni même de le vouloir. Selon les pays, le quotidien des chrétiens est constitué parfois d'hostilités verbales, de discriminations juridiques au seul motif de la confession. La "dhimma", élaborée au VIII" siècle, loi qui régit les statuts des nonmusulmans dans le Dar-el-islam (maison de l'islam) et prévoit la protection et le respect de minorités religieuses, est toujours présente, mais de plus en plus dévoyée et sujette à l'expression d'une soumission.

Perspectives.

État tampon depuis deux siècles, le Liban a été le théâtre de tous les conflits inter-arabes et plus encore. Pluri-religieux, le pays du cèdre reste une véritable exception. Il est le seul pays arabe dont les fondements sont véritablement démocratiques. Assis sur la constitution de 1926, il prône les libertés publiques, la libre expression des suffrages, la tolérance et la liberté religieuse. Il est à ce titre un État emblématique, un exemple pour les trois religions. En ce sens, le Liban est un impératif géostratégique et géopolitique. Les chrétiens du Liban peuvent aider le pays à conserver son pluralisme religieux, tout en laïcisant son architecture politique. Apporter par l'éducation, la culture, la richesse de la connaissance des autres religions, une modernisation de la pensée arabe. Pour cela, les communautés chrétiennes libanaises doivent s'unir car leur division favorise l'émergence de toutes les formes d'extrémismes. « Le défi aujourd'hui n'est pas d'oublier nos peurs, mais de ne pas s y laisser enfermer, explique Luiggi Gatti, nonce apostolique du Liban.

L'avenir ne donnera rien de bon si nous nous replions sur nous-mêmes et en nous éloignant du bien commun n. Pour William Weessa, journaliste écrivain copte, « l'Église d'Égypte n'a aucun rôle actuellement et est trop marginalisée pour agir n. C'est oublier le poidS économique des chrétiens d'Égypte qui représentent près de 30 % de l'économie du pays. Un atout non négligeable ... C'est pour échapper aux humiliations et aux persécutions que les chrétiens quittent le Proche-Orient, et par volonté de donner à leurs enfants une vie digne. Bien sûr, l'Occident aurait tout àgagner à court et moyen termes à accueillir ces chrétiens inventifs. L'histoire a montré que de nombreux pays arabes ont profité de tout temps de leurs apports. Aux pays musulmans qui refusent de voir un islam radicalisé, les chrétiens d'Orient peuvent enseigner la modernité de l'Occident, et aux pays occidentaux, l'islam. La place des chrétiens est précisément dans cet enjeu d'équilibre en opposition à tous les extrêmes. Dans la réalisation de ce défi, ils peuvent rester seuls avec leur courage, ou être portés dans cette espérance par les chrétiens d'Occident. À défaut, les chrétiens, de France notamment, devront assumer un jour une part de leur responsabilité dans ce qui s'apparente dans le sens de St Luc à une agonie silencieuse.

Véronique Linarès
In revue « messages « - décembre 2007

 

 

 

 

 
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