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Alain Vanet
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31 décembre1936

Chronique de Noël

L'année se meurt ! L'année est morte !... N'en parlons plus: elle a vu trop d'événements pénibles. Le dernier feuillet de l'éphéméride tombe au panier, et avec lui tout ce qui n'est plus que du passé. Les joies, les peines, les naissances, les deuils, tout n'est plus que souvenir et la Vie ne s'arrête pas, elle. Bon gré, mal gré, il nous faut garder au fond de l'âme ce que nous aimerions mêler à notre vie, et sous le fardeau quotidien suivre la route. Une année toute neuve s'offre à nous, belle, riche d'inconnu, d'espoirs, et peut-être de peines. Qu'importe ! Ce qui est beau, c'est la lutte où l'intelligence conduit la Force. La foule aime le champion parce qu'il sait vaincre. Je ne suis pas meilleure que d'autres. Comme les enfants, je prononce encore au premier de l'an « les bonnes résolutions ». Mais cette année, j'ai connu les luttes les plus amères, les dangers les plus graves, les crève-cœur les plus pénibles, je voudrais, avec vous, m'engager à diriger ma vie vers l'Idéal du Beau et du Bien. L'époque est trop grave. Nous sombrons (avec quelle facilité décevante) dans la décadence, morale, physique. Intellectuellement, nous sommes déséquilibrés.

Alors, vous tous que je connais, voulez-vous que « sportivement» nous fassions équipe ? Une belle équipe qui aura pour mission de marquer des buts contre la paresse, le bluff, l'arrivisme, là ... veulerie, et toutes ces sales petites choses d'époque qui conduisent notre Pays au rang des nations de second ordre.

Une année toute neuve se présente à nous, comme une belle page blanche. Il serait tellement dommage de la souiller. Nos lecteurs seront bientôt 1500. C'est donc 1500 cœurs qui me liront. J'en connais personnellement beaucoup avec qui j'ai souvent conversé. A tous j'adresse cet appel: luttons pour la recherche du mieux. L'heure est grave: nous faisons fausse route, le progrès nous dépasse.

Je n'ai pas la prétention de donner des conseils, mais je sais que je m'adresse à des esprits qui pensent comme moi. Ce que je veux, c'est porter le fanion, réconforter les plus faibles, encourager les plus forts. Profitons de l'aube de cette année nouvelle pour prendre, comme autrefois, « de bonnes résolutions ». Mais attention, soyons sévères pour nous-mêmes; ne nous passons rien. N'imitons pas cette jeune femme qui commençait par faire 15 mouvements de culture physique et finissait par rester au lit ! ... La faiblesse d'une seconde détruit des mois d'effort.

Faisons ensemble ce beau projet! Faisons-le posément, calmement, volontairement. Promettons-nous d'abord de ne pas faire de notre vie « une petite inutilité ». Nous laissons derrière nous nos enfants: sans •commentaire ! Ayons l'ambition d'avoir fait dans notre vie œuvre utile. . Cela ne nous empêchera pas de jouir des belles heures et des joies saines.

Luttons d'abord contre la veulerie, qui n'est que le travesti des cœurs sans courage : on ne craint pas les lâches ; on obéit aux forts.

Luttons contre les êtres faux qui ne vivent que des dupes.

Cherchons à voir clair dans tout ce qui nous entoure. Commençons par chercher à nous comprendre, les uns les autres. Deux êtres « sincères se comprennent toujours ! Sachons opposer à la brutalité une force calme, avertie, conciliante. Appliquons-nous à raisonner nos paroles et nos actes, sans lancer des phrases idiotes « pour avoir l'air informé »

Organisons nos jours logiquement, en vue d'une œuvre de valeur réelle. Soyons indulgent pour les fautes d'autrui : nous-mêmes, nous pouvons nous tromper, et si la critique est belle, l'aide est plus charitable.

Apportons à tout ce que nous faisons le soin méticuleux d'un être "conscient de sa valeur. La loi des « mangeurs » et des « mangés » est fausse, car un jour la situation se renverse et personne n'y gagne. Et puis, ne perdons pas de vue que l'intérêt particulier est solidaire de l'intérêt général.
Commençons donc cette année sous le signe de l'optimisme. Que l'élite se dégage et entraîne les autres. Nous éviterons peut-être ainsi un malheur mondial qui ne laisserait que des ruines.

Je ne veux pas terminer cette chronique sans adresser à Mermoz et à son équipage le témoignage de notre estime, de notre admiration, de notre douleur, aussi ..... Mermoz fut non seulement un grand aviateur, mais un cœur noble et fort, une âme élevée, désintéressée. Sa vie ne fut qu'une .longue suite d'exemples et de courage. Puisse son souvenir raviver dans le cœur des hommes la flamme de l'Idéal. Mermoz est mort pour cela ...

Suzanne VANET.

 

 
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Pour consentir à vivre, il faut rêver sa vie
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