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Alain Vanet
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Conte de Noël Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail


Quand May refermait sa main sur le faisceau de la lampe de poche, son poing serré s'illuminait comme maison une entourée de neige. Elle restait sous les draps à regarder cette boule de lumière rouge. Et puis elle se mettait au travail sur son cahier.

Ils étaient six maintenant dans la chambre d’hôtel, depuis que son oncle était arrivé. Les deux petits dormaient dans un lit, les parents dans un autre, et l'oncle devant la fenêtre, par terre. May était installée sous la table. Elle avait dû laisser le coin de la fenêtre à son oncle après avoir bataillé pour le garder.

- Il ne faut pas être égoïste, avait expliqué sa mère.

Et May se disait qu'elle devait être très forte pour réussir à être égoïste en partageant à cinq un lavabo et treize mètres carrés depuis un an et demi. Elle avait donc renoncé à la lumière clignotante du lampadaire qu'on apercevait sous le rideau et qu'elle aimait tant regarder dans la nuit.

May ne connaissait pas cet oncle qui venait de très loin. Elle l'avait détesté pendant plusieurs jours, et puis il lui avait offert un cahier et une lampe de poche. Comme elle avait mauvais caractère, elle avait d'abord refusé.

- On m'achète pas.

L'oncle les avait posés sur le matelas de May.

Le lendemain, au milieu de la nuit, elle s'était mise au travail.

Sous son drap, à la lueur de la lampe, May dessinait. Elle dessinait une maison. C'était une maison avec trois chambres. Une pour les parents, une pour les enfants et une pour les amis. Il y avait un salon, une cuisine et une salle de bain. Il n'y avait pas de numéro sur la porte. Pas de moquette râpeuse. Il y avait des recoins d'où on ne voyait pas les autres. Un parquet en bois, une sonnerie à l'entrée. Il y avait un couloir où on avait le droit de jouer. May s'était promis d'avoir fini cette maison pour Noël. Elle savait que ses parents seraient contents d'y entrer avec elle. Les deux petits sauteraient au cou de leur sœur en passant la porte. Même l'oncle allait avoir sa chambre, en attendant qu'il s'en aille. Le travail n'avançait pas vite. Elle avait eu du mal à dessiner la cuisine et le frigo. La famille n'avait pas de frigo depuis des années. On suspendait des sacs à la fenêtre, dehors. En été, quand il faisait chaud, May détestait aller demander à la dame de l'hôtel si elle pouvait mettre quelques yaourts dans le sien. La dame était gentille mais May se sentait comme une mendiante.

Elle hésitait aussi sur l'emplacement des chambres. Un soir de dispute avec ses petits frères, elle s'était dessinée une chambre pour elle toute seule à l'étage. Elle l'avait aussitôt effacée avec la gomme de son crayon pour qu'on ne la traite pas d'égoïste.

La nuit de Noël, enfin, May travailla très tard. Son cœur battait fort. Elle avait vite dessiné les derniers détails: un bouquet de roses sur la table, un sapin dans l'entrée, deux cadeaux pour les petits.

Elle s'endormit brutalement et sa lampe resta allumée dans son poing étincelant.

Le matin, May s'éveilla avant tout le monde. Il faisait froid. Elle n'osait pas ouvrir les yeux. Elle cherchait à reconnaître les bruits extérieurs. Elle respirait à peine.

Alors, des larmes surgirent de ses yeux fermés. May venait de sentir une odeur extraordinaire, un parfum de rose et de sapin sec.


Timothée de Fombelle in « Messages N° 630 »

 
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