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Alain Vanet
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Des embryons aux enchères? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail


Bientôt les embryons aux enchères ?

Claude Sureau


Il ne s´agit pas ici de proposer à un couple infertile « d´accueillir » un embryon « surnuméraire » conçu par FIV au sein d´un autre couple dont le « projet parental » est abandonné, comme le prévoit la loi française (non sans susciter d´ailleurs des interrogations sur les sentiments que peuvent éprouver plus tard les enfants issus de tels transferts, ainsi que Pierre Le Coz le rappelait dans le n° 83 de mai 2004 de cette revue). Non, il s´agit de « fabriquer » délibérément et en quelque sorte « industriellement » des embryons à partir d´ovocytes et de spermatozoïdes de donneurs rétribués pour leur participation. De tels donneurs sont, bien entendu, soigneusement sélectionnés en fonction de leurs caractéristiques physiques (couleurs des yeux et des cheveux, entre autres) mais aussi de leurs aptitudes intellectuelles. La plupart des « donneurs » de sperme sont du niveau PhD et les « donneuses » d´ovocytes ont atteint celui du troisième cycle. Comme on le voit, il y a quand même une différence entre les uns et les autres…

Les organisateurs de ce centre soulignent que cette solution est bien préférable à l´adoption d´enfants abandonnés dont le niveau social de leurs géniteurs peut être précaire et donc exposé à l´addiction et à l´alcoolisme, ou au transfert d´embryons surnuméraires dont les taux de succès d´implantation se situent autour de 30 %, alors que ceux résultant de l´action de cette agence atteignent 70 %, avec une « forte probabilité » d´obtenir des enfants « sains et intelligents ».

Curieusement d´ailleurs, dans ce contexte industrialisé et commercialisé, il n´est pas fait mention d´un contrôle de la qualité de ces « produits » par un DPI, ni d´ailleurs du choix d´un « genre » déterminé. Certains considéreront bientôt que les organisateurs du Centre Abraham ont fait preuve d´une étonnante frilosité à cet égard. On ne peut manquer également de s´interroger sur la motivation de personnes ayant accédé à un niveau d´études supérieures et néanmoins désireuses de monnayer leurs gamètes. L´éventualité du don généreux, altruiste, bien connu en France grâce à l´action des Cecos n´est pas, en effet, envisagée. En revanche, le recours à une éventuelle mère porteuse est proposé, complétant opportunément l´offre globale du « service après-vente »… Dernière question fort opportune : le prix ? Il est « seulement » de 10 000 $ pour deux embryons. Cette modeste estimation nous rappelle le jugement du tribunal administratif d´Amiens (éditorial du n° 104 de cette revue) qui avait octroyé une « compensation » encore plus modeste de 10 000 € pour la perte de 9 embryons congelés.

Lorsqu´une telle initiative aura fait école, peut-être assisterons-nous à une intéressante compétition commerciale : d´un côté, grâce à Internet, une mise aux enchères des embryons dont certains, en raison de leurs aptitudes supposées (pour le tennis, le foot, le basket, la spéculation philosophique ou la virtuosité mathématique), pourront atteindre des niveaux élevés : mais que se passera-t-il lorsque les enfants ainsi « produits » se révéleront d´une « qualité » inférieure à celle qui était attendue ? S´ils n´arrivent pas à intégrer Harvard ou le MIT, seront-ils, ou leurs parents, fondés à contester le non-respect d´un contrat protégeant les « usagers » contre la remise d´un « produit défectueux » ? Et de l´autre, mondialisation oblige, et compte tenu de son influence sur le marché et de l´ouverture d´autres centres, en Asie par exemple, pourra se manifester une tendance « baissière » pesant aussi bien sur le prix des embryons que sur celui des actions de l´entreprise…

Il nous est arrivé souvent de critiquer dans ces colonnes le vertige législatif qui étreint et « régule » nos actions dans le domaine très privé de la procréation ; aujourd´hui nous ne pouvons que nous réjouir de l´inscription dans le code civil (articles 16-1, 16-5 et 16-6) du principe, reconnu d´ordre public, de la non-patrimonialité du corps humain, de ses éléments et de ses produits.

Mais qu´il est difficile de trouver un équilibre, une troisième voie, dans ce domaine comme dans d´autres, entre un mercantilisme consumérique débridé et la référence obsessionnelle à une idéologie d´un autre âge.

La revue du praticien Gynécologie et obstétrique du 11/2006
 

Quelques définitions


Embryon :

On appelle l'être humain  un embryon pendant le premier stade de son développement qui dure 8 semaines (56 jours) et qui commence de l'instant de la fécondation (c'est-à-dire le début de la grossesse) ; donc ce stade correspond aux dix premières semaines d'aménorrhée ou les deux premiers mois de la grossesse. Au delà de ce stade et jusqu'à la fin de la grossesse, le futur être humain prend le nom de fœtus.

Certains auteurs divisent chronologiquement les 8 semaines de la vie embryonnaire en deux stades :
Le stade pré-embryonnaire :
de la fécondation (instant 0) jusqu'à la fin de la deuxième semaine de gestation (J14) pour Streeter ce stade correspond le développement de la grossesse de l'horizon I jusqu'à l'horizon XII (de J0 à J27 de gestation).
Le stade embryonnaire :
du début de la troisième semaine de gestation (J15) jusqu'à la fin de la 8e semaine de gestation (J56) ; pour Streeter ce stade correspond le développement de la grossesse de l'horizon XIII jusqu'à l'horizon XXIII (de J28 à J48 de gestation)

Fœtus :
On appelle l'être humain qui se développe dans l'utérus de sa mère un fœtus depuis le début de la 11e semaines d'aménorrhée ou à partir du début de la 9e semaine de la gestation (qui commence par la fécondation) jusqu'à la naissance ; donc le stade foetal du développement commence à partir de J57 de gestation jusqu'à la naissance, mais pour Streeter ce stade commence dès la fin de l'horizon XXIII, c'est-à-dire à partir de J49 de gestation.
Avant ce stade du développement, l'être humain est appelé un embryon.  

Embryologie :
C'est la Science qui étudie les étapes du développement normal de l'embryon et du fœtus.

Embryopathie :
Affection (maladie) qui atteint l'embryon.

Fœtopathie :
Affection (maladie) qui atteint le fœtus.

Fœtopathologie :
C'est l'étude par le Médecine Anatomo-pathologiste (au laboratoire) du fœtus. et ses annexes dans le but de mettre en évidence, l'ensemble des malformations et des affections apparentes ou atteignant les organes internes du fœtus. ; il s'agit d'une analyse macroscopique (à œil nu), radiologique (squelette) et si nécessaire une analyse microscopique (sous microscopie) des organes malades puis la réalisation des prélèvements pour des analyses médico-biologiques et/ou cytogénétiques (l'étude du caryotype fœtal ou recherche de maladie génétique).

Fœtoscopie :
C'est l'observation pendant la grossesse, du fœtus. à l'intérieure de la cavité amniotique à l'aide d'un endoscope (fœtoscope) dans le but de mettre en évidence certaines anomalies fœtales, ou de réaliser certaines types de biopsies sur le fœtus. (biopsies cutanées) et enfin pour réaliser certains actes thérapeutiques (destruction des anastomoses vasculaires dans les grossesses gémellaires avec le syndrome de transfuseur-transfusé).

Tératologie :
C'est la Science qui étudie les malformations de l'embryon et du fœtus.

La culture des embryons

Les traitements de fécondation in vitro ont pour but d'obtenir plusieurs embryons. En effet, le transfert de plusieurs embryons augmente l'espoir d'en voir un s'implanter dans la cavité utérine et par conséquence de développer une grossesse. La courbe des chances de grossesses après transfert embryonnaire croît progressivement jusqu'à 3 embryons puis stagne quelque soit le nombre d'embryons transférés au delà de 3.

Il faut savoir, qu'en fécondation spontanée, 2 embryons sur 3 sont non viables, ce qui explique, en partie, que le taux de fécondabilité par cycle n'est que de 25 %. Les mêmes phénomènes se produisent en fécondation in vitro.

Les chances d'implantation pour un embryon donné sont essentiellement fonction de son aspect morphologique (type 1 > type 2 > ...). Le transfert des embryons à J5, après culture, permet donc de sélectionner les embryons les plus viables et par conséquent, les plus prédisposer à donner une grossesse évolutive. Cette technique n'augmente donc pas, à proprement dit, les chances d'implantation par embryon. Elle les sélectionne simplement. Elle peut s'appliquer aux échecs répétés d'implantation non pas en améliorant la qualité embryonnaire mais en sélectionnant les meilleurs (ou plus exactement les plus viables). Il faut, avec cette technique, accepter qu'un certain nombre de couple n'aient pas de transfert car la culture aura vu disparaître l'ensemble des embryons au bout des 5 jours. Par ailleurs, il faudra aussi accepter de réduire le nombre d'embryons transférés puisqu'ils auront été sélectionnés.

En fait, cette technique aura pour conséquence essentielle de limiter les grossesses multiples plus que de répondre, efficacement, à la non implantation embryonnaire.

Enfin, la problématique de la non implantation embryonnaire ne se limite pas seulement aux embryons, à leur qualité et au jour de leur transfert mais aussi à la qualité de la muqueuse utérine qui va les recevoir. Sur ce point, la médecine est loin de tout connaître mais chaque année apporte des réponses supplémentaires.

L'implantation embryonnaire est un phénomène complexe où l'embryon et l'utérus se partage les causes d'échecs. Toute amélioration sur chacun de ces facteurs apporte un bénéfice pour les couples. La culture des embryons peut y contribuer mais dans ses propres limites.

 
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