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Alain Vanet
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Les femmes violentées parlent

 

 

De plus en plus de femmes maltraitées acceptent de parler des violences dont elles sont victimes quand leur médecin les questionnent, souligne une étude du Dr Gilles Lazimi, qui sera présentée demain au 47e Congrès national des centres de santé, organisé pour 48 heures à la faculté de médecine parisienne Xavier-Bichat*.

SPÉCIALISTE de l'aide et du suivi des victimes de violences envers les femmes, le Dr Gilles Lazimi, directeur du centre de santé municipal de Romainville, en Seine-Saint-Denis, poursuit son approche de terrain du fléau. En novembre 2004, il constate, à sa grande surprise, que sur cent de ses patientes questionnées sur la violence, 54 % confessent avoir été agressées au cours de leur vie : une sur deux « verbalement », une sur trois « physiquement » et une sur cinq (21 %) « sexuellement ». Dans ce dernier cas, pour les trois quarts, il s'agissait d'incestes. Toutes les personnes interrogées venaient consulter pour des motifs autres qu'une violence subie. Deux ans et demi plus tard, le généraliste séquano-dionysien élargit son enquête, avec les mêmes critères, à l'échelle nationale. En mars-avril 2007, il mobilise 51 confrères. Treize libéraux, dont onze omnipraticiens et deux spécialistes, des régions de Poitiers et de Caen, sont formés aux problèmes des femmes violentées au cours d'un séminaire de deux jours organisé par MG-France. S'y ajoutent 38 praticiens de centres de santé en Seine-Saint-Denis, dans le Val-de-Marne, à Grenoble, à Belfort et dans le sud de la France, parmi lesquels les deux cinquièmes exercent une spécialité. Deux sages-femmes de la protection maternelle et infantile sont sollicitées également.

Sur un total de 557 patientes, 63 % évoquent une agression, trois sur cinq (62,8%) « verbale », deux sur cinq (42,7 %) « physique » et une sur cinq (17,8 %) « sexuelle ». C'est dire que les langues se délient, les témoignages se libèrent, commente en substance le Dr Lazimi. «Entre les deux enquêtes, il y a eu en Seine-Saint-Denis une double campagne d'information sur la prévention des violences faites aux femmes, et sur les télés deux clips à l'initiative de la Fédération nationale Solidarité femmes.» Aujourd'hui, les victimes d'atteintes à l'intégrité de la personne savent à qui se confier. A 80 %, elles affirment que si leur médecin les avait questionnées plus tôt, elles en auraient parlé, et ce en Seine-Saint-Denis comme partout ailleurs dans le pays.

Les thérapeutes qui ont participé à l'étude se montrent eux-mêmes fort enthousiastes. Soixante-dix-sept pour cent n'ont eu aucune difficulté à poser des questions et 96 % jugent que c'est très instructif pour assurer un suivi. Un colloque singulier sur deux a donné lieu à une autre consultation sur cette questionet, dans 60 % des cas, des informations ont été communiquées sur des organismes spécialisés. Le sujet est apparu aux médecins d'une telle importance que plus de deux sur trois demandent à bénéficier d'une formation.
Dépistage efficace. «C'est encourageant, conclut le Dr Lazimi. Nous allons pouvoir dire à nos patientes maltraitées que leurs maux de ventre, leurs insomnies ou leur dépression sont en lien direct avec leurs violences subies. La porte s'ouvre aussi au travail en réseau, et particulièrement au monde associatif lorsqu'on pressent un danger imminent.»

Les résultats de cette étude nationale prouvent l'efficacité du dépistage systématique en consultation médicale, conclut le Dr Lazimi, qui en a fait le sujet de son mémoire pour le diplôme universitaire « Stress, traumatisme et pathologies »**.

PHILIPPE ROY

 

 

* Tél. 01.40.23.04.10, www.lescentresdesante.com.
* *Le Dr Gilles Lazimi, qui exerce la médecine depuis 1983, soutiendra son mémoire à la Pitié-Salpêtrière (Drs Philippe Mazet et Jean-Michel Thurin, Paris-VI), à Paris, le 12 octobre.
Trois questions
Pour le dépistage des violences, trois questions doivent être posées aux patientes, selon le Dr Lazimi :
– au cours de votre vie, avez-vous été victime de violences verbales, propos sexistes, humiliants, dévalorisants, injures, menaces ;
– au cours de votre vie, avez-vous été victime de violences physiques ; avez-vous reçu des coups, des gifles ; avez-vous été battue, bousculée par un homme ;
– au cours de votre vie, avez-vous été victime de violences sexuelles : attouchements, viol, rapports forcés ?
«Ce questionnement, commente le médecin, permet au professionnel de ne pas rester neutre face aux violences, de rappeler à la patiente qu'elle n'est pas coupable des violences qu'elle subit, de rappeler la loi, d'aider la patiente à enfin mettre des mots sur sa souffrance et de lui dire qu'on la croit, qu'elle n'est plus seule.»

Extrait de: "Le Quotidien du Médecin du : 26/09/2007"

 
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