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Alain Vanet
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L'Abeille et le Rosier Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Dans une roseraie, avenante et charmeuse
S’élançait un rosier d’une beauté pulpeuse.
Méticuleux, sérieux, il faisait son travail
Comme seul un rosier sait tisser un camail.

Donner de belles fleurs, savoir le bon moment,
Résister aux orages et déjouer les tourments,
Faire appel si besoin aux soins du jardinier
Pour tromper maladies et pouvoir buissonner.

Si l’une de ses fleurs, comme parfois, se mourait
Solide sur ses racines, doucement il pleurait.
Mais ses larmes discrètes, semblables à la rosée
Sourdaient lentement et… soigneusement cachées.

Attirées par son suc pour pouvoir butiner
Des abeilles bien souvent venaient le visiter.
En lui était la vie, le nectar, la chaleur,
Et aussi sagesse… beauté, force et bonheur.

Toutefois l’une d’elles, plus douce et plus câline
Véritable et plaisante statue florentine,
Image de Juliette, par lui fut adoptée ;
Leur destinée d’un coup, par l’amour fut liée.

Ils vécurent à deux en bonne intelligence.
Lui, apportait travail, subsistance et présence.
Elle donnait sans façon tendresse et attention,
Industrie laborieuse et gardait la maison.

Ils se sentaient unis et ne faisaient plus qu’un
Se donnant l’un à l’autre pour le plaisir commun.
Ils ignoraient le reste : soucis, abeilles, douleurs,
Ne s’occupant que d’eux et c’était leur bonheur.

Lui (comment ? c’est secret…) sût faire savoir aux autres
Qu’ici n’était plus lieu de faire patenôtre.
Elle, prudente, avisée, en tous points économe
Adroitement dansa, se réservant son homme.

Malgré quelques orages, les ans soudain passèrent
Sereins, heureux et pleins, en eux ils s’abritèrent.
Mais c’était sans compter le cortège du temps
Le bonheur, c’est connu, ne dure qu’un moment.

Un jour fatal et noir, une abeille s’égara.
Las ! Très mal élevée, du rosier s’approcha…
Afin qu’elle s’éloigna, il fit le nécessaire.
Le pauvre n’y put rien : elle lutta en corsaire !

Perchée sur un pétale, d’hydromel s’enivra
Ne tenant compte en rien, hélas, du brouhaha
Que le rosier faisait, tentant de lui montrer
Net et précis, de ses assauts l‘absurdité.

Sa compagne, ignorant ses vaines explications,
Estima sans raison recevoir un affront.
« Mon honneur est souillé », soupira-t-elle en pleurant
Et derechef hautaine, déclenche un ouragan.

« Moi qui t’ai tant donné, tu me traites comme un chien,
Tu es un méchant, un grossier, un moins que rien. »
Certes, malheureuse, elle s’estimait trompée
Et d’un hautain mépris elle s’était entourée.

Qu’il n’y était pour rien, il tenta de lui dire,
Que d’ailleurs déjà, il cessait de produire
Ce qui était sa vie : plus de sucs ni d’arômes,
Ni d’enivrants parfums, ni de suaves baumes.

Que lui n’était qu’à elle, cela était certain
Et que rien ne pouvait susciter son dédain.
Hélas ! Rien n’y fit : malheureuse elle était
Et avait l’intention de rester sur son fait.

Le rosier voulut insister… se disculper.
L’abeille resta sourde, ne voulant écouter ?
Lentement, en silence, comme tombe le soir
La plante se ferma, ne voulant pas déchoir…

La lumière n’était plus, et non plus la douceur
Et, la sève étant lourde, s’établit la langueur ;
La rosée le baignait, le soleil le chauffait
Mais une rose mourut, sa vigueur il perdait.

Las ! Ses fleurs s’étiolaient. Un tapis de pétales
S’élargit à son pied, attendant la Vestale
Qui, coupable et bannie, recevrait le poignard
De l’abeille courroucée, la tuant de son dard.

Par un matin rieur, roseraie enchantée
Aperçut en son sein la monstruosité :
Vidé de sa substance, le rosier était mort,
Sans un bruit, sans un geste, un peu comme on s’endort…

Envoi

Posant son tablier
Notre abeille sans clamer
Sur un autre rosier
S’en alla butiner.

mardi 20 novembre 2007

 

 

image : www.journeesdelarose.com

 
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