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Alain Vanet
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La Littérature en 1937 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Importance de la Littérature dans notre monde

Notre temps, il ne faut pas le nier, et j'ai toujours eu une répugnance marquée pour la politique de l'autruche, est fertile en bouleversements de tous ordres. Les vieux poncifs cèdent la place à de nouvelles formules et les cadres du passé craquent de toutes parts sous d'irrésistibles poussées.

Or, les jeunes, les enthousiastes et même les autres, ceux qui se piquent de concourir avec un esprit lucide et une ferme volonté à l'établissement d'un nouvel ordre de choses, marquent un certain mépris pour la littérature. Il faut, disent-ils, abandonner les préoccupations de dilettante, les spéculations aristocratiques, les divertissements raffinés! La littérature ce n'est que cela. Foin de ces analyses psychologiques auxquelles se complaisaient nos nonchalants prédécesseurs ! Un roman doit être une étude et un enseignement.

C'est la thèse de l'art inutile et le plus souvent malfaisant. C'est l'état d'esprit qui fait accorder aux membres d'acier luisant d'une locomotive une beauté supérieure à toutes autres.

Il s'agit encore là d'une sorte de snobisme à l'envers dont les résultats apparaissent visiblement dans la production littéraire de ces dernières années.

Que constate-t-on, en effet? D'une part, aussi bien en France qu'à l'étranger, une floraison surabondante de livres où l'étrangeté le dispute à l'irréel. Ce ne sont que cauchemars, rêves, hallucinations, créations morbides de cerveaux délirants. Et le public - du moins les quelques centaines de lecteurs qui font le public parisien - se pâme et la critique applaudit ! On écrit des articles enthousiastes sur la fantaisie admirable, sur l'abondance poétique de cette romancière qui a consacré 400 pages serrées à faire apparaître et disparaître au petit bonheur des fantômes d'hommes ou des ectoplasmes de femmes ou à ce romancier visionnaire dont les personnages n'obéissent, semble-t-il, à aucune règle humaine.

D'autre part, à l'autre extrémité de la scène littéraire, des écrivains se cantonnent dans un pessimisme exaspéré et manient énergiquement l'ordure et l'invective. Pour eux, tout est sale, tout est laid, tout est ignoble. Et ceux-là trouvent aussi un public de thuriféraires - c'est souvent le même - et des critiques qui se pressent d'admirer et de louanger, de peur de paraître rétrogrades!

N'y a-t-il donc pas autre chose?

Mais si, il y a la Littérature, celle qui ne peut se séparer de la Vie et de la réalité. Il n'y a pas, a dit très justement André Billy, «de littérature valable sans emprunts faits à la vie; il n'y a pas, non plus, de vie valable sans littérature ».

Et il ne s'agit pas seulement, pour obéir à une mode, pour répondre aux préoccupations impérieuses et dominantes d'une époque de la civilisation, d'étudier dans les romans certaines phases de l'activité humaine. Il ne s'agit pas de consacrer tous les livres à une certaine catégorie d'hommes ou à des formes déterminées de la science et de l'industrie. Tous les problèmes, à des degrés différents, relèvent de la littérature. C'est par elle que nous apprenons à les connaître. L'écrivain pénètre, dans la mesure de son talent, la réalité de la vie et c'est grâce à lui que nous percevons cette réalité.

La civilisation, en adoucissant, en supprimant les efforts autrefois nécessaires pour simplement vivre et durer, à fait perdre à la plupart d'entre nous le goût de l'observation et de l'analyse. Des phénomènes que nos aïeux auraient trouvé effrayants se renouvellent quotidiennement sous nos yeux indifférents, blasés et trop affairés. N'observant plus les choses, nous n'observons pas mieux les êtres et notre connaissance de la vie s'effectue par l'intermédiaire bienfaisant de la littérature. Sans elle, il y aurait entre les humains des sortes de cloisons étanches, et nous savons, du reste, que l'interpénétration des peuples est la préoccupation primordiale de ceux qui aspirent généreusement à la fraternité universelle.

Je disais, il y a peu de jours, dans un régional du Centre, que l'on constatait une amélioration de notre balance commerciale dans tous les pays où la littérature française, les livres français étaient appréciés et recherchés.

Cet argument terre à terre complète et illustre ma défense de la littérature. Les écrivains, les grands et les petits, du maître, de l'éminent penseur, du profond psychologue au romancier populaire, jouent, dans notre civilisation, un rôle dont il est puéril et contraire à la vérité de nier l'importance.

La littérature n'est pas tout, mais elle représente tout. Elle est l'intermédiaire unique, indispensable, entre l'homme et la vie. Sans littérature, point de civilisation. En la défendant, j'ai conscience, non pas de défendre un grand amour, mais de contribuer à défendre l'essentiel, instrument et fruit à la fois, du patrimoine de l'humanité.


Marcel-Pierre ROLLlN,

 
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Pour consentir à vivre, il faut rêver sa vie
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