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Alain Vanet
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La Topaze Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
La Topaze
Ainsi que dans un ballet d'opéra réglé par Théophile Gautier, les Topazes vinrent vers moi, éblouissantes; et l'une d'elles, plus pure d'Orient que toutes les autres, dit sa cantilène:
« Nous sommes les chrysolites que chanta Pline le Vieux; les pierres d’or à qui l'Archer divin, Phébus, prodigue ses flèches de lumière et ses rayons incandescents;
Nous fumes jadis, au temps où les hommes croyaient encore à notre vertu, les indicatrices des trésors enfouis. A celui qui nous porte, Nous portons chance, et qui croit en nous connaîtra le bonheur !
Les pures amitiés, les dévouements désintéressés, qu'on sait si rares, ont fait de nous leur symbole, et nous fûmes choisies comme l'emblème des amours profondes et des plus admirables magnificences.
Patriciennes, nous le restâmes toujours; l'épreuve du feu fait de nous les sœurs roses des églantines tant sont extrêmes nos délicatesses; nous devenons alors les Topazes brûlées, des fleurs d'aurore aussi pures que les Aurores que chanta Leconte de Lisle, aussi parfaitement belles que les pierres fines de Heredia, lorsqu'il ordonna les Roses et les Vignes folles au seuil des demeures antiques en ses sonnets de forme durable et de matière éternelle.
Et les orfèvres nous chérissent et nous placent sur les orfrois destinés aux pompes royales et aux manteaux liturgiques auprès des Rubis et des Emeraudes, dont nous avivons les richesses et complétons les effets puissants.
Nous rappelons par notre couleur rare le métal unique dont les froides rivières de l'Alaska roulent les pépites et qui sollicitent tant de durs aventuriers; le métal qui permet tant de belles œuvres et de si épouvantables aussi; celui que les Conquistadores voyaient en leur rêve, du haut de leurs blanches caravelles fuyantes sous les étoiles; nos feux sont pareils à ceux des fanaux que portent à leur poupe les navires en perdition, la nuit, sur les vagues démontées et désertes, et nous étincelons à la couronne de Notre-Dame des Mers pour les naufragés qui vont mourir ...
Pour les peintres modernes, nos chatoiements ne rappellent-ils pas les flammes électriques et jaunes des villes en progrès, impures et pourtant suggestives au cours des nuits de folie, où les vices passent, indignes, sous les plus troublantes couleurs ?
Plus graves, nous prêtons pieusement notre éclat aux flambeaux innombrables et aux cires qui se consument au front et aux pieds des autels durant les nuits de Noël. Nous faisons alors, des roses des Cathédrales, de monstrueuses et délicates fleurs de feu épanouies pour les yeux fidèles et dardant sur la vierge neige des chemins leurs violettes exaspérées.
Oh ! les correspondances dont s'enivra Baudelaire ! Topazes, les vastes ciels d'Egypte, au-dessus des sables jaunes où sommeillent depuis les temps millénaires les Sphinx géants et farouches gardant leur secret, immobiles dans l'immobile immensité; Topazes des intérieurs de Quintin Metzys, où les usuriers font choir de légers trébuchets sous le poids des rixdales et des carolus d'or; Topazes aussi les couleurs rutilantes des fêtes vénitiennes où descendent de vastes escaliers de marbre les Dames que peignit Titien; les alcools qui procurent l'oubli aux têtes douloureuses; les étendards claquants qu'élèvent fièrement les arquebusiers de Golthius; les yeux familiers des ténèbres des chats et des fauves; Topazes des couchants parmi les solitudes infinies que suivent, sans personne qui les aime ni rien qui les console, les grands Explorateurs solitaires .....
HENRY MÉRIOT, de l'Académie des Dix de Province.

 
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