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Alain Vanet
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L'abus de "psy" Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

 

Le stress

Si « l'abus de psy nuit à la santé », comme l'affirme Serge Tribolet, nous allons nous sentir de plus en plus mal. Heureusement, notre société spectaculaire marchande dénoncée par Guy Debord, cité par cet auteur, a plus d'un tour dans son sac pour nous faire rentrer dans le rang: l'hôpital (<< Ma folie ordinaire », d'Emilie Durand), la gestion des émotions et du stress (<< Vivre avec son stress », de Marc Salomon, « Exprimer sa colère », de Didier Pieux) et la qualification de cet asservissement (<< 100 Mots pour comprendre la psychiatrie », de Jean Garrabé).

EMILIE va mal depuis le début de son adolescence; anorexie, tentatives de suicide, automutilation la conduiront à de multiples reprises dans des services de psychiatrie, en particulier à Sainte-Anne. Aujourd'hui jeune adulte encore fragile mais vivante, elle raconte cet itinéraire houleux et douloureux. « Chacun a des choses à raconter, dans mon cas, j'ai décidé que ce serait la souffrance », écrit-elle. Sorte de visite commentée du monde de l'hôpital psychiatrique, ce récit, qui n'épargne personne, est destiné à « humaniser l'hôpital psychiatrique », à lutter contre cet ostracisme dont sont victimes les malades. Pourtant, l'anorexie, dont elle dissèque chacune des étapes avec précision, comme bien d'autres manifestations, est difficile à comprendre, concède-t-elle, y compris pour les patients. La souffrance psychique de ses compagnons d'infortune à l'hôpital et ses manifestations semble d'ailleurs la sidérer, autant qu'elles l'intriguent, comme si leur intensité rendait toute explication impossible. Une observation critique et instructive.

Stress : la tête a bon dos !

Depuis la description princeps du physiologiste britannique Henry Seyle, le « syndrome général d'adaptation» ou « stress» a fait couler beaucoup d'encre, suscité de nombreux travaux, et est passé alternativement des mains des somaticiens à celles des psychiatres, avant d'être reconnu par tous comme un facteur de risque de certaines maladies. Marc Salomon, cardiologue, dans un ouvrage destiné à tous les «stressés », fait le point sur ce phénomène, complexe mais pour autant limité, et qui ne saurait pouvoir expliquer tout mal-être, comme il ne saurait non plus exc1usivement ou en priorité relever de troubles psychologiques. Mode de vie, alimentation, activité physique ont aussi des liens étroits avec le stress qu'il ne faut pas négliger, explique-t-il. Eléments de physiopathologie du stress, modalités d'autoévaluation, adoption de comportements adéquats sont largement commentés pour que le lecteur sache prendre efficacement soin de lui. La colère est-elle une source de stress ou une de ses manifestations ? Les deux, mais aussi, comme le montre Didier PIeux, un signe de vulnérabilité et une émotion négative. Envahissante et finalement autodestructrice, elle est pourtant banalisée. N'y a t il pas quelque paradoxe à ce qu'une société d'abondance comme la notre génère de plus en plus d'individus insatisfaits, agressifs, colériques? Pas tant que cela, explique ce psychologue clinicien, directeur de l'Institut français de thérapie cognitive, car la colère révèle bien une impuissance face au réel, un refus de la frustration. L'enfant coléreux et capricieux - on se souvient de son analyse de l'omnipotence de l'enfant dans notre société permissive (<< De l'enfant roi à l'enfant tyran ») - devient adulte coléreux. Devenir tolérant aux frustrations ne relève « pas de la morale mais de l’adaptation, dit-il, explications, exemples et exercices à l'appui. Réprimer, et non refouler, ses sentiments de colère revient à mieux penser sa vie, affirme-t-il. A lire pour se calmer.

Ne pas oublier les mots.

Jean Garrabé, psychiatre et historien de la psychiatrie, s'est plié à la règle de la collection « 100 Mots pour comprendre» des Editions Les Empêcheurs de tourner en rond et a choisi d'analyser une centaine de mots du vocabulaire psychiatrique, leur étymologie, leur place en clinique, leur histoire. Ce petit dictionnaire, érudit et distrayant en même temps, réjouira ceux qui déplorent que de nombreux termes techniques, d'abord passés dans la langue littéraire avant de figurer dans celle des médias, aient perdu leur sens étymologique, puis leur sens tout court (le terme schizophrénie, par exemple). Il intéressera aussi les amateurs d'histoire et ceux qui souhaitent avoir un regard critique sur la (mauvaise) vulgarisation psychiatrique.

S'agissant de regard critique, le livre de• Serge Tribolet, au titre sensationnel, « l'Abus de psy nuit à la santé », devance tous les autres. «il s'agit d'une réflexion sur le rapport qu'entretient le citoyen avec la profusion des offres de soins et de soutien dans le domaine psychique. Phénomène nouveau, cette nouvelle dépendance est l'expression de l'asservissement insidieux de chacun à un pouvoir absolu dont j'ai voulu dénoncer les formes », dit ce psychiatre, qui dénonce l'omniprésence du pouvoir psy dans notre société. Notre monde, explique-t-il, fait allégeance à la science qui s'avance aujourd'hui masquée derrière la psychologie. La médecine, quant à elle, n'est plus un art, mais une «technicité surveillée» exécutée par des « techniciens de la santé ». « Aboyeurs de la science » et « muezzins de la psychologie» s'associent aux « marionnettes de la pensée unique pour mener à bien le projet suprême, la bonne "santé mentale", expression à la mode et nouveau despotisme ». Tout est prétexte à convoquer le psychiatre, le deuil comme les troubles de l'ordre public, la peur de la mort comme les difficultés relationnelles. Serge Tribolet dénonce cet usage excessif de la psychiatrie, cette dérive idéologique transformant la discipline en outil de santé publique, domaine de l'évaluation, de l'information médicalisée et de la gestion économique, qui ne pense pas mais compte et rend compte de l'affligeant modèle de l'homme neuronal et ne s'intéresse pas aux mots. L’auteur, lui, les emploie indiscutablement de manière talentueuse et percutante. Sa dénonciation pertinente du mauvais usage de la psychiatrie pâtit en revanche de sa façon de considérer que chacun, bête et discipliné, souscrit aux versions les plus extrêmes des tendances qu'il dénonce.

Dr CAROLINE MARTINEAU
In « Le Quotidien du Médecin »

"Ma folie ordinaire - Allers et retours à l'hôpital Sainte-Anne ", d'Emilie Durand, Les Empêcheurs de penser en rond, 166 pages, 17 euros.
« Vivre avec son stress », du Dr Marc Salomon, Editions Pasteur, 270 pages, 15 euros.
« Exprimer sa colère sans perdre le contrôle », de Didier Pleux, Odile Jacob, 200 pages, 21 euros.
« 100 Mots pour comprendre la psychiatrie », de Jean Garrabé, Les Empêcheurs de penser en rond, 370 pages, 18 euros.
«L'Abus de psy nuit à la santé », de Serge Tribolet, Le Cherche midi, 170 pages, 15 euros.

Emile Bernard

 
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