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Alain Vanet
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Le diamant Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Triomphale dans ses atours de lumière, l'Impératrice des pierres précieuses salua Gaspard de la Nuit, mon honnête démon familier, du geste hautain d'une souveraine à un poète.

Et puis, elle parla :
- J'ai su ton renom, et par toi je veux être chantée. Si, dans tous les temps, mes feux furent rivaux de ceux du Soleil et si j'incarne la suprême splendeur, je ne voulus jamais d'historien de mes gloires que les âmes hautes.

Je te reconnais, fils des Songes invertébrés, évocateur des Passés qui consolent, âme d'enfant et d'artiste, songe creux toi-même des illusions surhumaines !

Gaspard s'inclina.
- Vous êtes la Reine, dit-il.

Et c'est pour cela, reprit la Pierre d'entre les Pierres, que je t'ai choisi; je t'ai deviné mon chroniqueur longtemps cherché et j'ai tout de suite pressenti ton âme amoureuse des Fastes des Couronnes et des Trophées !

C'est bien cela, dit Gaspard qui s'était ressaisi; malgré mon pied quelque peu fourchu, je donnerais la part de Paradis qui doit me revenir, car je n'ai jamais fait beaucoup de mal en ce monde pour une réelle somptuosité, une belle Ode, une statue aussi pure de lignes que la Victoire de Samothrace, une prière peinte de Fra Angelico, une aiguière de Cellini, une rustique Figuline de Bernard Palissy ou le Régent.

- Tu diras donc aux intelligences curieuses mon omnipotence souveraine; tu leur montreras mes eaux irisées ou limpides; il faudra qu'elles sachent que tantôt rose, tantôt incolore, j'appelle et retiens, pour les prodiguer la nuit, toutes les clartés du jour; je nais quelquefois brune ainsi que les Romis errants; alors l'égrisée qui nous taille fait de nous les plus mystérieuses fleurs de l'Ombre.
Et puis tu diras mon passé: comment ce Prince, Charles le Téméraire, dont la mort parait encore une ironie, fut un croyant et un esclave de mes charmes, l'adorateur du Sancy, cette étoile de première grandeur qui dut un instant sauver l'existence précaire du bon roi Henri et qu'on arracha du ventre de l'homme assassiné dans la forêt de Dôle avant qu'il ne fut volé diaboliquement, et qu'enfin l'Empire des Czars ne l'ajoutât jalousement à sa couronne.
Tu diras l'Orloff qui fut un œil de la statue de Scheringam du temple de Bramha et que déroba un farouche grenadier de France. Tu montreras la divinité hindoue veuve d'un de ses beaux regards qu'elle pleurera toujours; tu ouvriras la porte de mon temple au vieux Bernardin de Saint-Pierre, dont les hommes ont aimé le génie, et qui vivra aussi longtemps qu'il y aura des premières amours, car il fut l'un de mes courtisans les plus surs; n'a-t-il pas chanté, dans sa langue exotique et douce, les océans de lumière que nous sommes et fait de deux adolescents éternels, à notre image toute pureté et toute candeur !

Certes, l'on me prostitue parfois; moi qui rayonne parmi les châsses et les reliquaires du maître-autel des Cathédrales et des enfeus royaux où ma place est d'avance inscrite, on me voit aussi en avalanches ou en rivières ruisselantes au col des vierges folles de ce siècle. Quel cabot n'exhibe pas son solitaire, témoin de ses succès auprès de quelque moderne marquise de Bruyères, et quel marchand de porc salé d'outre-mer ne montre ses plastrons immaculés pavés de nos fulgurances ?

Mais laissons ces choses; reviens au Régent de France, chante pour la joie des hommes cette unique manifestation de mon génie où je me complus un jour à enchâsser toute ma grandeur et toute ma beauté !

HENRY MERIOT,
de l'Académie des Dix de Province.

 

image ; periodictableonline.org

 

 
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