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Alain Vanet
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Le Festin de Pierre
Page 2

« Le Festin de Pierre» perdu et retrouvé

Dans la Lettre de La Pléiade N°39 j’ai lu:

Les nouvelles éditions, évoquées dans la Lettre n° 37, sont l'occasion de remettre en cause des idées reçues. Elles exigent un travail qui confirme en général ce que nous répétons volontiers ici : les œuvres littéraires sont d'un maniement délicat; même si leur texte paraît gravé dans le marbre, il n'est souvent que l'un des résultats possibles, parfois accidentel, en tout cas soumis aux circonstances, du projet dont il procède. Nous l'allons montrer tout à l'heure.

L’exemple choisi ne doit rien au hasard : en mai prochain paraîtra la nouvelle édition des Œuvres complètes de Molière, dirigée par Georges Forestier, qui a déjà donné à la Pléiade une belle édition de Racine en 1999. Les surprises seront nombreuses dans ce nouveau Molière. Lune saute aux yeux: au sommaire, les pièces ne sont pas présentées dans l'ordre traditionnel, pour des raisons qui seront exposées dans la prochaine Lettre. Mais il y a plus, presque un scandale : Dom Juan manque à l'appel.

Entendons-nous. C'est le titre qui manque, non la pièce. Molière n'a jamais écrit de Dom Juan. La pièce qu'il a fait représenter entre le 15 février et le 20 mars 1665 était intitulée Le Festin de Pierre. C'est en 1682 seulement - plus de neuf ans après sa mort -, quand elle fut incluse dans l'édition posthume de ses Œuvres, qu'on l'appela Dom Juan ou le Festin de Pierre. Il est d'ailleurs possible que la rétrogradation du titre originel en sous-titre soit le fruit d'une décision tardive : sur le frontispice gravé pour l'édition de 1682, la pièce garde son intitulé d'origine, comme si, au moment où travaillait le graveur, la modification n'était pas encore prévue. Une chose est sûre : Dom Juan a pris le pas sur Le Festin de Pierre parce que l'édition de 1682 a servi de base, au xx' siècle, à quasiment toutes les éditions de la pièce. Est-ce à dire qu'aucun autre choix n'était possible ? Cela mérite examen.

Du point de vue des spectateurs, depuis le XVII' siècle jusqu'au milieu du XIX", la question ne se pose pas. Le Festin de Pierre quitte la scène en mars 1665 et n'est plus repris à Paris. Quand la pièce, que Molière avait composée en prose rythmée, refait surface, le 12 février 1677 (quatre ans après la mort de l'auteur), elle est en alexandrins ! Les héritiers de Molière, désormais installés à l'Hôtel Guénégaud, ont demandé à Thomas Corneille (frère du grand Corneille et lui-même auteur de comédies représentées au théâtre Guénégaud) d'en procurer une version versifiée ... et expurgée.

« On a fait revivre une pièce dont vous n'osiez dire, il y a cinq ou six ans, tout le bien que vous en pensiez, à cause de certaines choses qui blessent les scrupuleux », note alors Donneau de Visé dans Le Nouveau Mercure galant. Quant à savoir si, comme l'affirme Donneau de Visé, « elle n'a rien perdu des beautés de son original », chacun pourra bientôt en juger : la version de Thomas Corneille sera reproduite en appendice dans la nouvelle édition des Œuvres complètes de Molière. Mais le plus surprenant n'est pas que cette version en alexandrins ait été écrite et publiée. C'est qu'elle ait été jouée en lieu et place du texte authentique jusqu'en 1841 et qu'il ait fallu attendre 1847 pour que les spectateurs puissent entendre un texte qui, pour n'être pas exactement celui de 1665, était néanmoins plus proche de l'original.

Pendant ce temps, que se passe-t-il en librairie ? Un privilège d'impression fut accordé par la Chancellerie le 5 mars 1665, et le libraire Billaine le fit enregistrer deux mois plus tard. Mais il ne fut pas utilisé. Il est vrai qu'avait été diffusé en avril un pamphlet, les Observations sur une comédie de Molière intitulée Le Festin de Pierre, qui s'en prenait vivement à Molière et l'accusait, chose grave, d'avoir «fait une Farce de la Religion ». Particulièrement visée, la célèbre scène du « pauvre à qui l'on donne l'aumône à condition de renier Dieu », scène (la scène de l'acte III) dont les mêmes Observations nous apprennent qu'elle fut supprimée dès la deuxième représentation. Est-ce la violence des attaques - à quoi répondirent des contre-attaques non moins vives - qui empêcha que parût une édition du Festin de Pierre? Toujours est-il qu'à la mort de Molière, en 1673, son texte n'a toujours pas été imprimé.


 
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