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Alain Vanet
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Le Jazz

(souvenirs et anciennes impressions)


 A propos d'un concert, récemment donné àLa Rochelle par un Jazz célèbre, notre collaborateur, M. Ferdinand Duviard, a bien voulu réunir pour nous quelques impressions anciennes, et en ajuter de plus récentes, - en harmonie ...

1920 (Cannes).
L'âpre insistance des banjos, pressée comme un rythme qui craint de se perdre, donnait son unité àla fantaisie divergente du jazz, maintenait sous une discipline les rêves, d'autant plus libres et baroques qu'ils se sentaient plus assurés d'une direction permanente. Chacun s'élançait, préoccupé àpeine de respecter un canevas d'ensemble, clown improvisateur, sûr de ses camarades et d'un scénario qui, toujours, retrouverait son compte : la trompette bouchée nasillait en toute liberté ses fusées ironiques, le trombone étranglait ses rauquements grotesques, et le saxophone s'offrait le malin plaisir de lancer, parmi ces calembredaines, l'appel soudain d'une grande voix humaine, mais pas tout àfait sincère. Il fallait qu'une sagesse préétablie eût réglé cette collaboration de vedettes concurrentes, car il en ressortait une étrange tresse de mélodies, enroulées ou imbriquées en un patient travail de tapisserie voyante. Les dissonances relevaient seulement le dessin de taches crues, acides; elles écorchaient de biais les sensibilités poncées àl'extrême que rien n'accroche plus dans la vieille musique harmonieuse. Les banjos, eux, n'auraient su inventer quoi que ce fût : ils veillaient, subalternes, sur la troupe folle des artistes. Mais leur pulsation s'imposait au bout d'un moment, par-dessus les inventions éphémères, si bien qu'elle finissait par apparaître comme l'âme du jazz. Lancinante, fascinatrice, on eût dit qu'elle dédaignait et reléguait les comédiens soumis àsa garde, prisonniers àdemi leurrés d'une indépendance fallacieuse, Européens rêveurs, au terme des décadences occidentales, captifs des Orientaux maîtres du monde ... Le monde de l'hébétude et du balancement, de l'oubli, de l'extase ...

Soudain, les gardiens relâchèrent une seconde leur incantation; le saxophone, libre, fut un beau jeune homme qui hésite, se rengorge, va saluer la Dame avec désinvolture, puis se retire en pirouettant, non sans une grosse inconvenance. Et tout de suite, impassibles, les banjos refermèrent leur cercle.

(Le Bonheur.)
*******

1929 (Croix-de-Vie).
Soubresauts de jazz, un cœur fiévreux qui recommence de battre. Voici l'une de ces mélodies imbriquées et syncopées que j'aime toujours. Un fox-trot ? Nom ridicule pour cette marche dansée qui emporte le couple moderne au rythme des chœurs antiques. Il y a des fox légers comme une promenade, le matin, dans une prairie. Il y en a d'ironiques comme un déhanchement de clowns, et qui communiquent au flirt l'allure d'une plaisanterie faussement rassurante. Il y en a de sauvages et d'enivrants qui exhalent ce rapt auquel se ramène la danse et magnifient le geste de la possession. Il y en a de somptueux qui ressemblent àdes départs pour de longs voyages, évoquent des couchers de soleil et des caravelles sur les océans, voyages de rêve qu'on entreprend àdeux sans ycroire, comme on jouerait une comédie, mais aussi pour oublier  tout, le temps d'un désir ...
(Les Sauvagesses.)
 
 

 
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