arrowNouveautés arrow Essais arrow Le saphir

Alain Vanet
Nouveautés
Romans
Nouvelles
Poésie
Essais
Symbolisme
Mon métier
Travaux divers
Photos
J ai lu, vu, entendu
Citations
Bibliographie
Me contacter
- - - - - - -
Le Domaine perdu
petites heures
Envoi
La Lettre

 
Le saphir Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Le saphir


Est-ce que les pierres bleues dont le grand Flaubert parsema, comme d'un leitmotiv, les pavés de Salammbô n'étaient pas les Saphirs?

Elles étalent sous les doigts du vieil artiste en évocations surprenantes et prêtent au chef-d'œuvre ruisselant de couleur leur sagesse et leur franchise.

Car ce sont mes pierres de dilection, des pierres de franchise, de noblesse, et, pour qui sait pénétrer leur âme, de solitude !

Ô Saphirs virus aux tons d'indigo sombre, Saphirs féminins qui dérobez à l'azur des ciels leur grandiose splendeur; parasols laiteux, joyaux d'élection que consacraient à Jupiter les grands-prêtres du paganisme et dont s'ocellaient leurs bandeaux, vous fûtes aussi choisis pour décorer leurs oriflammes et leurs bannières par les Rois chrétiens !

Et n'est-ce pas sur l'orient de votre impeccable pureté que la reine Clotilde vit dans un blason céleste se fixer les trois fleurs de lys de France, ainsi que le raconte ce vieux moine du quinzième : Pierre de Ribadaneira, dans ses adorables chroniques? Gemmes évocatrices de mers profondes, des mystérieuses étendues qu'éclaire à peine le soleil levant par les matins de perle, je vous retrouve et vous reconnais encore au sein profond des nuits recueillies et paisibles lorsque mon âme se sait, au cours des heures exquises qui s'égrènent lentement par les ténèbres, hors de l'atteinte des hommes. Je vous retrouve dans l'étoile Sirius, le Saphir brillant comme une violette incendiée…

Tourmalines, Saphirs orientaux, vous fulgurez aux pommeaux des kandjars que ceignent les Emirs, et vos lueurs bleues, vos lueurs de paix luttent victorieusement contre les lueurs froides des lames damasquinées, cruelles et lourdes, des armes de mort.

Saphir des Hébreux, « la plus belle chose »,comme s'exprimait leur langage fait d'images, vous prêtez votre nom et votre couleur aux oiseaux-mouches, et, plus prodigues qu'aucun Latour, vous frottez de vos pastels les ailes délicates du frêle papillon des prairies.

Saphirs sans fond des yeux révélateurs de puériles et virginales pensées; bluets éclatants parmi les blés ainsi que sur le fond d'or des iconostases, autant d'yeux clairs, et toi, la plus belle pierre bleue de la couronne de France, Saphir unique, trouvaille que fit au Bengale le pauvre marchand de cuillers de bois, vous restez àjamais le symbole de cette ancienne et haute chose qui disparaît chaque jour davantage des sociétés policées : la Conscience !

HENRY MÉRIOT,
de l'Académie des Dix de Province.
 
 

 

 
< Précédent   Suivant >
 
Pour consentir à vivre, il faut rêver sa vie
réalisation Tanisweb