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Alain Vanet
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L'Emile Bertin Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Curieusement (et ceci est du domaine du plus intime) un moment de ma vie s'est entremêlée à l'Emile Bertin.

Non loin de la maison de mon enfance, juste à côté de l'école où j'appris à lire s'élevait un dispensaire dont je lisais le nom "Fondation Emile Bertin", nom qui me frappait par le quasi anonymat de son extrême banalité.

Plus tard, à la fin de mon adolescence, à l'aube de l'âge adulte, mon existence s'est longuement entrecroisée à celle d'une très jeune fille, d'une très jeune femme, qui habitait quelques demeures plus haut dans la même rue que moi. C'était l'arrière petite-fille d'Emile Bertin. Le lecteur de Proust comprendra à mi-mot si je me borne à dire que ce fut ma Gilberte, mon Albertine aussi.

Curieusement, quelques années plus tard, la présentant à A.L-S. qui m'avait reçu dans notre société, celui-ci se souvenait d'avoir assuré, lors de l'avance de l'armée allemande, le transfert d'une grande partie des réserves de la Banque de France sur l'Emile Bertin chargé de le transporter en Angleterre.

Curieusement encore je me souviens de ce très pauvre prêtre -vrai échappé d'une texte de Bernanos- auquel un soir de grand gel ma mère était allée chercher un manteau de mon père. C'était, je devais le savoir plus tard, ce desservant qui, chaque matin venait visiter le colonel H.B. de V., très âgé qui ne pouvait plus se déplacer (peu d'années en deça, partant pour le lycée au petit matin je le croisais de retour de la messe de six heures, et il échangeait quelque mots avec moi en cette petite rue parisienne en ce temps plus provinciale que bien des villes de province). Pourquoi évoquer ceci? C'est qu'au soir de mon adolescence, au jour de l'enterrement de ma mère, quelle ne fut pas ma surprise, et quelque part secrète consolation, de surprendre à l'angle du mur ce prêtre, prévenu par la famille B., qui était venu accompagner ce convoi d'une enterrement d'une confession autre que catholique, et de le voir suivant à pied le convoi s'éloignant à la lente vitesse de ses moteurs, de le voir plus tard encore arriver, toujours grand escogriffe maigre et mystique échappé de la prose de Bernanos, essoufflé, animé du seul souffle de cette foi des hommes qui dorment peu, au cimetière, chantant ou disant ses prières pour la défunte, si humblement et si mal caché derrière un arbre.

Car c'était une époque d'étranges et profondes amours où les fois et les voix, entrecroisant les choeurs, se mêlaient et chantaient....

Jacques

image : xavier.gallenne.free.fr
 
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