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Alain Vanet
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Les Flibustiers Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

La Rochelle, et une très grande partie de la Charente maritime où j'ai passé ma jeunesse, est , il ne faut pas l'oublier, un port. Un port qui à l'époque des flibustriers, était un port important et dont la "teinte" huguenote a entraîné un siège dont la littérature et l'histoire se souviennent! Pendant ma jeunesse j'ai pu assiter à des bagarres de rue entre confessions différentes; et il fallait le Dimanche matin assister à la sortie du temple protestant pour constater que les pratiquants de cette religion portaient la tête haute, tout en surveillant ceux qui auraient osé une provocation... Evidemment, il n'y a là rien à voir avec l'histoire contée ci-dessous; elle vaut son pesant de rêves...

 

VOYAGE D'AUTREFOIS

 

« Les Flibustiers de la Mer du Sud, histoire véridique racontée par le sieur Raveneau de Lussan, gentilhomme de fortune. A Paris, chez Jacques Le Febvre, rue Saint-Séverin, et dans la grande salle du Palais, au Soleil d'Or. »

 

Véridique et certes curieuse histoire, et combien elle est matière à étonnement et réflexions de tout genre. On ne peut que louer les Editions du Galion d'Or d'avoir, en 1926, réimprimé l'édition originale de cet ouvrage parue en 1705 et devenue introuvable. Imaginez, vers la fin du XVII° siècle, un Parisien libertin (je veux dire avide de liberté) qui tient à savoir comment « le reste de la terre est fait » et qui, après maints détours, s'embarque à Dieppe pour gagner Saint-Domingue, dans la mer des Antilles. Il a vingt ans, un rêve d'aventures le mène, il s'engage là-bas sur un navire de Flibustiers, le Victorieux.

 

Les Flibustiers ou Frères de la Côte, sorte de vagabonds de la mer, ivres d'un désir commun d'enrichissement rapide, attaquaient, avec mille ruses, les galions espagnols qui, partant de Carthagène, amenaient en Espagne l'or, l'argent et les pierreries du Pérou, de la Colombie ou de l'Equateur, pays désignés sous le nom fabuleux d'Eldorado. Là, « les vaisselles des colons espagnols, leurs ustensiles ménagers sont d'or pur, les rivières roulent des blocs d'émeraude ». Un galion saisi de haute lutte par un brick des Flibustiers était la fortune pour ces aventuriers sans peur et sans lois. La défaite, c'était la pendaison et leur vie était un risque tout, vie de recherches, d'émois, de félicités ardentes. Parfois, j'imagine qu'une telle vie est la meilleure qu'il nous soit donné de connaître.

 

Or, le traité de Nimègue, signé en 1678, rétablissait la paix entre les couronnes de France et d'Espagne. Il avait arrêté net la flibuste. Plus de lettres de course aux navires flibustiers autorisant leurs attaques; et leurs ports de ravitaillement et de refuge, Trinidad ou l’île de Vieille-Providence, étaient trop surveillés par les flottes devenues amies de France, d'Angleterre et d'Espagne pour qu'ils osent en sortir.

 

Alors, ces hommes à l'activité sans mesure imaginèrent ceci : passer avec leurs navires dans l'Océan Pacifique qu'ils appelaient la Mer du Sud, où ils ne, seraient pas surveillés. Les uns tentèrent bien par mer de franchir le détroit de Magellan en doublant l'Amérique du Sud. Les grandes houles d'Ouest incessantes en ces parages les rejetèrent dans l'Atlantique. Alors, saviez-vous cela? Ils prirent terre à l'isthme de Darien, et, pour gagner le Pacifique, s'engagèrent dans la forêt vierge, traînant derrière eux leurs armes, leurs provisions, les agrès de leurs navires démontés !

 

Surprenante décision, folle d'héroïsme et qui me trouble toujours quand je pense à ce voyage. Ah ! s'il est aisé de rouler dans une auto, de glisser vite en avion, au-dessus des mers et continents, le risque existe pourtant et il est un des charmes du voyage, mais j'ai vu, je connais cette brousse coupée de marais pullulant d'animaux, et je pense aux dangers menaçant cette file d'hommes aux grands chapeaux s'engageant le 1er mars 1685 dans cette forêt, suivant une direction douteuse avec comme but la rencontre d'une plage secrète de l'Océan Pacifique, où ils reconstruiront leurs navires, les équiperont et s'en iront, enfin, libres de toute contrainte, surprendre les cités espagnoles endormies dans leur opulence sur les rives de l'Océan Pacifique presque inviolé. Et ils prirent en effet et ils pillèrent : Grenada, Panama, Chiriquita, Guayaquil …

 


Ils étaient trois cents qui firent cela, et notre Parisien Raveneau de Lussan fut des leurs, fut de ceux qui revinrent ensuite du pacifique dans la mer des Antilles, par terre encore, à travers la fournaise boisée du Guatemala et la rivière de Ségovie. Il fut surtout celui qui sut, en un langage sobre, impassible et si jeune d'allure, conserver le récit de cette rarissime équipée de marins et, o ironie ! le dédier à Monseigneur Seignelay, alors sous-secrétaire d'Etat à la Marine, qui d'ailleurs l'accepta, et chef de capitaines d'escadre qui auraient 'fait pendre haut et court notre héros et ses compagnons s'ils les avaient rencontrés en cours d'exploit.

 

Lisez ce vieux livre. Les peines de Raveneau de Lussan et de ses compagnons furent incroyables, mais leur énergie est l'excuse de la misère de leurs buts. L'auteur ne cache rien et ne s'attendrit pas : il conte les fourberies de ses compagnons se massacrant les uns les autres pour s'arracher leur part de butin, leurs étonnements de gosse devant les propriétés inconnues des bêtes et des: plantes, leurs sacrifices pour le salut commun, leur indifférence devant la mort qui picore leur longue colonne sous la forme de fièvres, piqûres de serpents, attaques de fauves, lassitude brusque et sans remède, feu des Espagnols, noyades, que sais-je ?

 

Le retour, par terre, des Flibustiers qui ont brûlé leurs navires à bout de course, sur la plage près de Pueblo-Viejo, leur assaut désespéré de la ville de Ségovie qui leur permet de descendre la rivière du même nom vers la mer des Antilles sont des pages brillantes de réalisme. On ne sait que s'étonner, oo de la mollesse des troupes espagnoles qui leur sont opposées, ou de leur courage dans l'attaque des villes qu'ils faisaient « en chantant et criant », un contre dix, d'une audace qui semble chercher partout le pire pour en triompher.

 

Notez que s'ils arrivèrent riches d'impressions sauvages dans leur patrie, leurs ceintures garnies d'or et de pierreries s'étaient vidées presque entièrement pendant leur retour. Tant d'efforts n'avaient eu pour résultat que l'effort même, sans autre gain.

 

Je rencontre souvent sur les sentiers de mes rêveries ces hommes dépenaillés, les Flibustiers compagnons de Raveneau de Lussan. Ils vont à travers la forêt tropicale, menés par un grand songe de plénitude heureuse.

Fernand Darde

 
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Pour consentir à vivre, il faut rêver sa vie
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