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Alain Vanet
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Il me semble intéressant de publier cette critique concernant que Montherlant, critique écrite au moment même de la parution de deux de ses oeuvres. Elle montre très clairement l'état d'esprit de l'époque, ce qui ne manquera pas de choquer certains, ou plutôt certaines, mais il n'est pas inintéressant de la comparer à ce que l'on aurait pu écrire de nos jours dans les mêmes circonstances...


Feuillet critique

Montherlant a l’honneur de réunir contre lui la haine d’un certain nombre de médiocres ! Dam ! il est l’un des plus rands grands romanciers français de ce temps, l’un des rarissimes écrivains indépendants d’une époque asservie, - j'entends, d'abord, asservie à deux obédiences hostiles - A cette liberté exceptionnelle, sa prime jeunesse ajouta l’amusement de quelques bravades, fantaisie de prince. Les incomplets, les trembleurs en ont bavé. Et voici que sa jeune maturité commet, de propos délibéré, la faute de s’attaquer aux femmes. S'attaquer ? Et même les attaquer à l'occasion, si vous voulez, - comme un problème royal, le Problème. D'où le suprême déchaînement des sottes et de quelques sots : où le remarquer, sinon dans cette revue d'une femme d'intelligence et de cœur ?

« Les Jeunes Filles », parues cet été, ont déclenché dans Les Nouvelles Littéraires une avalanche de lettres de femmes plus ou moins furieuses, que publia, avec un sérieux que j’imagine souriant, ce psychologue de grande classe, Frédéric Lefèvre. C'est que Montherlant se permettait de mettre en scène trois jouvencelles - une intellectuelle, une mystique et une spontanée, une vraie femme - qui gravitaient autour d'un libertin. Et si le libertin quelque peu symbolique, représentait plutôt un prétexte qu'un homme les héroïnes étaient parmi les plus vraies, les plus palpitantes créatures qu'on ait rencontrées dans un livre depuis Balzac. Songez donc ! Sacrilège inexpiable, On s'en vengeait en prétendant que ce roman était mal composé : en fait, il est beaucoup mieux: que composé : il vit, il bondit, il court, il s'arrête, nonchalant et brillant tour à tour. Comme la réalité ... La réalité nue, condensée ou développée, selon les heures, par un artiste né qui habite son art, et s'imprègne de lui, et l'imprègne de soi. Tant pis si le jeunes filles de 1936 ont mérité pareilles images d'elles. Ce n’est pas la faute de Montherlant, ni, je crois bien, celle des autres hommes.

« Pitié pour les Femmes », qui vient de « sortir », n'apparaît pas comme une simple suite des Jeunes Filles, C'est le grand œuvre dont les Jeunes Filles ne semblent plus qu'une préface. Avec cette merveilleuse désinvolture instinctive et consciente à la fois, et dont aucun excès juvénil ne justifie plus la moindre critique, l’auteur y trace, pour jamais, les portraits seulement esquissés dans le premier voIume. Le tempérament d’un Dostoïevski, avec la finesse et l'esprit d'un Pierre Louys. Le type de Solange Dandillot et la plus délicate. Le type de Solange Dandillot, la jeune fille-femme qui se donne comme elle respire, et et aime comme elle bat des paupières; restera parmi les figures trop rares du roman français, d'où la logique bannit trop souvent la fluctuante, la nue, l'étrange et troublante vérité. Andrée Haquebaut, l'intellectuelle d'un caractère plus traditionnel et plus national, reste une belle étude dont la perfection contenterait plus d'un maître. L'action marche avec ses soubresauts, où cette souplesse imprévue du monde, qui n'avait pas prévu les plans des gendelettres. Certains chapitres sont sublimes de naturel, comme certaines pages des classiques, mais par une autre voie. Le chapitre de l'après-midi dans l'appartement vide --Costa et Solange -- mériterait citations si l'on ne gardait que 50 pages des milliers de romans jetés depuis 1900 à la foule et aux « élites » (ainsi nommées...). La place me manque pour achever ici de stigmatiser toutes les sottises déjà étalées dans plus d'un journal sur cette « Pitié pour les Femmes » et sur Montherlant (qui, du reste, s'en moque et a bien raison). J'y reviendrai un jour, si Madame Vanet veut bien. Quand ses lecteurs auront lu les deux oeuvres dont je viens de parler, et quelques autres, du même. Mais alors, n'auront-ils plus besoin sans doute que j'y revienne. Car Montherlant n'a besoin de personne pour le défendre ni le commenter : il suffit très bien tout seul. Et s'il n'y suffisait pas, tant pis pour... certain public. Si je reparle ici de lui, je le ferai par plaisir, simplement.

Ferdinand Duviard.

image académie des Beaux Arts

 
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