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Alain Vanet
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Ne pas faire de la morale Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

1936

 

 


Dans ces chroniques, man intention n'est point de faire de la morale, mais de dégager ces vérités élémentaires et saines, nées de causeries où la sincérité et la normale ne font pas défaut.

Ce que je dis, vous le pensez. Alors, pourquoi ne pas l'exécuter. On vous jugera non pas sur ce que vous dites, mais sur ce que vous faites… C'est bien pourquoi le monde s'accorde pour dire que le monde ne vaut pas grand'chose. Etre égoïste, vouloir « paraître» ne conduit pas au bonheur.

Etre bon, être simple ... c'est difficile.
Essayez vingt-quatre heures, et nous en reparlerons.

Quant à vous, doctes messieurs, dames pédantes qui, du matin au soir, jouez soigneusement votre comédie, ne me parlez plus de la vie en termes amers. Je serais tentée de vous répandre que vous n'y avez rien compris.

Au nom de trois cents petits enfants, je remercie tous ceux qui ont envoyé leurs dons. Beaucoup ayant exigé l'anonymat, je ne puis publier leurs noms. La liste aurait été pourtant suggestive.


Suzanne VANET.


Grâce à la générosité de nos lecteurs, trois cents petits enfants ont connu le bonheur le jour de Noël. Durant toute une journée, quelques personnes de bonne volonté et moi avons porté à domicile trois cents petits paquets.

J'avais mis pour la circonstance une jupe à l'épreuve de la pluie, des chaussures de service en campagne et la cuirasse d'énergie des grands jours. J'ai vu la misère de si près qu'aujourd'hui encore la révolte gronde, en mon cœur.

Je suis entrée dans certains taudis où cinq, six, sept, souvent neuf petits enfants aux cheveux clairs tournaient autour d'une maman au visage ravagé, distribuant à son petit monde quelques croûtons de pain tellement dur que les petites dents grinçaient...• .

J'ai dit que le Père Noël s'était trompé de cheminée; que je venais réparer l'erreur. J'ai vu la petite Yvette compter religieusement les tubes de sa boite de couleurs et lever vers moi des yeux que l'OR ne décrit pas, des yeux doux, purs, illuminés d'un bonheur prfond; j’ai serré contre moi le petit visage trop pâle pour lui cacher mes larmes.

J'ai fait deux cents mètres dans un sentier; mes chevilles s'enfonçaient dans la boue. Enfin, une cabane en planches, grande comme ça. Le petit Jacques (4 ans ...) raccommode ses bretelles : une jolie ficelle bleue, semée de nœuds. Sa maman donne le sein à un nourrisson d'au moins deux mois ... « Madame, le Père Noël... » D'un revers de main familier, le petit Jacques essuie sa morve, et reste immobile ; puis, brusquement : «Ah ! Mince, alors ! ... ». - Derrière moi, pendant que je refais mes deux cents mètres de boue, j'entends des exclamations : Maman ! Maman ! ... et la trompette que j'ai laissée, lance dans la nuit tombante sa note nasillarde à en perdre le souffle ...

Dans un escalier sans lumière, je me heurte aux murs humides. Une seule pièce : une maman, six petits. La petite Thérèse reste sans parole devant une poupée. Lentement, sa petite main caresse la robe ... trop belle. J'ai devant moi deux poupées: l'une d'elles est en haillons.

Durant toute une longue journée, j'ai vu tant de petits yeux, tant de jolis yeux candides. Pourquoi tant de petites chaussettes séchaient sur une corde?

Parmi vous, il en est qui n'ont pas répondu à mon appel de novembre; il en est qui ont réveillonné sans songer que près d'eux des petits malheureux n'avaient pas un seul joujou. C'est que jamais, sans doute, ils n'ont pénétré dans l'un de ces taudis d'une pièce où respirent dix poitrines.

S'ils l'avaient vu comme je l'ai vu, les « abstentionnistes» auraient sacrifié cinq minutes de leur précieuse vie et cinq francs de leur non moins précieuse cassette. C'était si peu et le bonheur eût été si grand.

Je m'adresse particulièrement à eux, sans rancœur, sinon sans amertume. Ne me dites pas: J'ai oublié, je suis si pressé ! …D'autres, plus affairés encore, « ont pensé ». Et puis, pour ne point me faire des ennemis de ceux qui « ont oublié », sans méchanceté, je le sais, je préfère vous dire simplement : J'ai dans mes papiers des adresses à votre disposition. Si vous désirez « voir» de près ce qu'est la misère, écrivez-moi. Je vous dirai: voyez telle rue, tel numéro. Et je sais bien que vous reviendrez de là les yeux rougis, le cœur empli de nobles intentions.

Ne restez pas insensibles à la misère d'autrui. Les petits surtout n'en sont jamais responsables. Vivre entre ses quatre murs, n'en sortir que pour aller au cinéma, ou jouir de l'effet d'une robe, accomplir chaque jour son petit travail : voilà une vie bien creuse. C'est d'ailleurs ce que vous dites quand vous achetez votre dixième de billet de loterie au tabac du coin, et que vous comptez sur la « chance », injuste jusqu'alors pour vous. Des millions pour être heureux? Vous pouvez l'être sans.

 
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Pour consentir à vivre, il faut rêver sa vie
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