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Alain Vanet
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Peinture et Musique Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Louis Suire était un peintre de La Rochelle, ami de mes parents. Son style, à mon sens néo-impressioniste était assez typique de cette école de peinture régionale, avec Charlopeau, Avit, Ballade et d'autres dont je ne me souviens malheureusement plus les noms.

PEINTURE ET MUSIQUE

La peinture est de tous les arts celui qui a le plus de ressemblance avec la nature. C'est pour cela peut-être qu'il est le plus mal compris, car nous voulons toujours comparer un tableau avec son modèle, oubliant que l'œuvre d'art digne de ce nom est avant tout une création.


Pour la musique, l'équivoque n'est pas possible. Nous ne comparons plus, nous faisons abstraction de tout le monde visible et connu. Elle nous plonge brusquement dans le Rêve, un rêve qui éclos en nous, que nous portons donc en nous, mais que nous n'aurions pu réaliser sans l'intervention du son harmonieux.
La musique évoque à la fois tous les sentiments humains et toutes les beautés de la nature.


Elle a une force extraordinaire de persuasion et d'émotivité; mais elle est précise aussi, et c'est par sa précision que nous pouvons concevoir qu'elle est proche de la peinture. Et telle phrase musicale que nous aimons sera gravée dans notre esprit •comme une belle ligne sera gravée sur un acier. L'homme a le don merveilleux de pouvoir choisir, trier parmi les éléments multiples que la nature lui fournit. Le cerveau du peintre déchiffre une énigme et il doit simplifier, saisir ce qui fait la beauté cachée de ce qu'il voit, suivre jusqu'au bout de son travail la grande ligne qui donnera le rythme à son dessin, l'harmonie colorée qui donnera la vie à son œuvre. Il doit recréer et non pas copier. Un grand peintre se reconnaît justement à cette volonté de composition même dans le paysage, et au style qui sera le reflet de son émotion dirigée, façonnée par sa technique personnelle.


Le musicien procède de la même manière. Les idées, les phrases musicales arrivent en foule à son cerveau, ou sous ses doigts s'il improvise. Il doit diriger, choisir ses idées, les épurer, les classer, et cependant ne jamais les dessécher par une science trop abstraite. Il doit en sacrifier certaines et• en développer d'autres.


Le travail intelligent de l'artiste est donc le même pour le peintre et le musicien.
Evidemment, il y a plusieurs techniques. Certains artistes sont dominés par la recherche de la ligne, d'autres par la couleur, d'autres par l’effet.


Un paysage de Corot est un tout harmonieux comme une page de Gluck, dont il a d'ailleurs la pureté et la noblesse.


Une fugue de Bach est une merveille de précision : c'est un dessin d'une seule ou de plusieurs lignes, sans ombres, une gravure au burin où les traits nets et fins s'entrecroisent et se répondent sans confusion.


Cette musique qui ne laisse rien au hasard ni à l'émotion apparente est cependant d'une infinie tendresse. Elle évoque un portrait de Clouet ou un nu d'Ingres. C'est la forme qui en fait la beauté : une forme simple, logique, comme un temple grec.


Par contre, Mozart, le délicieux Mozart, fait penser à Fragonard. Ils ont le même esprit, la même jeunesse, le même goût de la vie, des fleurs et du rire jeune, ce même sourire ironique et désabusé aussi, et dans le fond, la même ingénuité.

 
Beethoven est un penseur, comme Rembrandt, comme Michel-Ange. Leur art est tout intérieur, puissant, profond. La beauté d'une ligne est remplacée par la beauté d'une masse, pour exprimermaxims7 les idées.


Ce sont les grands cerveaux qui laissent dans leur œuvre le sens de l'immensité et du grandiose. Le tendre Schumann et Chopin l'enchanteur apportent le trouble du sentiment et des sens. C'est ce qu'on appelle le romantisme. Delacroix en peinture est très proche d'eux. Il a les mêmes élans, la même fougue et le même charme aussi; et telle sonorité des Polonaises de Chopin évoque la couleur chaude en rouge, brun et vert de Delacroix.


Debussy correspond tout à fait à l'impressionnisme en peinture. Un paysage de Sisley ou de Monet note les impressions les plus fugitives de la nature : un reflet dans l'eau, le frémissement des peupliers, la vibration de l'air sur les meules.
Que fait Debussy? Il décompose l'impression sonore et il ne donne jamais libre cours à une seule ligne musicale. Comme Proust en littérature, il a coupé ses idées et ses descriptions en de multiples détails. Peut-être est-il le musicien le plus « peintre » parce qu'il évoque par le son les multiples aspects de la nature en vie. Il en note les vibrations les plus subtiles; sa musique est comme la lumière : elle est changeante et capricieuse, remplie d'imprévu et de fantaisie.


Il serait aisé de faire bien d'autres rapprochements. La technique des deux arts emploie souvent les mêmes mots; nous disons qu'une couleur chante, qu'un tableau est traité en sourdine; et la dominante, le rythme, la composition, l'arabesque sont des mots qui reviennent sans cesse pour la musique comme pour la peinture, parce qu'ils expriment la même pensée, et que notre esprit les adaptent à un art ou à l'autre. Ce sont là des preuves matérielles, mais ce qui compte le plus, ce sont les mêmes sources d'inspiration, que l'artiste puise dans la nature et dans son cœur, car si la technique est indispensable, l'œuvre d'art est avant tout l'expression du rêve des hommes qui vivent et souffrent sur cette terre et qui ont la merveilleuse faculté de s'évader par l'esprit et de recréer un peu de la beauté du monde.


Louis Suire

 
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