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Alain Vanet
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Prieres selon Calvin Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail


Calvin Œuvres
ÉDITION ÉTABLIE PAR FRANCIS HIGMAN ET BERNARD ROUSSEL
N R F La Pléiade

LA FORME DES PRIÈRES ECCLÉSIASTIQ!JES
Extrait de l'Épître au lecteur

[ ... ] Il y a en somme trois choses, que notre Seigneur nous a commandé d'observer en nos assemblées spirituelles. A savoir, la prédication de sa parole, les oraisons publiques et solennelles : et l'administration de ses Sacrements. Je me déporte de parler des prédications pour cette heure, d'autant qu'il n'en est pas question.

Touchant les deux autres parties qui restent: nous avons le commandement exprès du saint Esprit, que les oraisons se fassent en langue commune et connue au peuple. Et dit l'Apôtre, que le peuple ne peut répondre « Amen» à la prière qui a été faite en langue étrange. Or est-il ainsi que puis qu'on la fait au nom et en la personne de tous, que chacun en doit être participant. Par quoi, ce a été une trop grande impudence à ceux qui ont introduit la langue Latine par les Eglises, où elle n'était communément entendue. Et n'y a subtilité ne cavillation, qui les puisse excuser, que cette façon ne soit perverse et déplaisante à Dieu. Car il ne faut présumer, qu'il ait agréable ce qui se fait directement contre son vouloir, et comme par dépit de lui. Or, on ne le saurait plus dépiter, que d'aller ainsi à l'encontre de sa défense, et se glorifier en cette rébellion, comme si c'était une chose sainte et fort louable.

Ouant est des Sacrements, si nous regardons bien leur nature, nous connaîtrons, que c'est une coutume perverse de les célébrer en telle sorte, que le peuple n'en ait sinon la vue, sans exposition des mystères qui y sont contenus. Car si ce sont « paroles visibles », comme saint Augustin les nomme, il ne faut pas qu'il y ait seulement un spectacle extérieur : mais que la doctrine soit conjointe avec, pour en donner intelligence. Et aussi notre Seigneur, en les instituant, a bien démontré cela; car il dit, que ce sont témoignages de l'alliance qu'il a faite avec Dieu.

Qui ne confesse, que jà c'est une pure batellerie, d'amuser le peuple en signes, dont la signification ne lui soit point exposée. Parquoi il est facile de voir qu'on profane les Sacrements de Jésus-Christ, les administrant tellement, que le peuple ne comprenne point les paroles, qui y sont dites. Et de fait, on voit les superstitions qui en sont sorties. Car on estime communément, que la consécration, tant de l'eau au Baptême, que du pain et du vin en la Cène de notre Seigneur, soit comme une espèce d'enchantement; c'est-à-dire quand on a soufflé et prononcé de bouche les paroles, que les créatures insensibles en sentent la vertu; encore que les hommes n'y entendent rien. Or, la vraie consécration est celle qui se fait par la parole de Foi, quand elle est déclarée et reçue, comme dit saint Augustin. Ce qui est expressément compris aux paroles de Jésus-Christ. Car il ne dit pas au pain, qu'il soit fait son corps : mais il adresse sa parole à la compagnie des fidèles, disant : « Prenez, mangez etc.» Si nous voulons donc bien célébrer le Sacrement, il nous faut avoir la doctrine, par laquelle, ce qui y est signifié nous soit déclaré. je sais bien, que cela semble avis fort étrange à ceux qui ne l'ont pas accoutumé: comme il en advient en toutes choses nouvelles. Mais c'est bien raison, si nous sommes disciples de Jésus-Christ, que nous préférions son institution à notre coutume. Et ne nous doit pas sembler avis nouveau, ce qu'il a institué dès le commencement.

Si cela ne peut encore entrer en l'entendement d'un chacun : il nous faut prier Dieu, qu'il lui plaise illuminer les ignorants, pour leur faire entendre, combien il est plus sage que tous les hommes de la terre; afin qu'ils apprennent de ne s'arrêter plus à leur propre sens, ni à la sagesse folle et enragée de leurs conducteurs, qui sont aveugles. Cependant, pour l'usage de notre Eglise, il nous a semblé avis bon, de faire publier comme un formulaire des prières et des Sacrements: afin que chacun reconnaisse, ce qu'il oit dire et faire en l'assemblée Chrétienne. Combien que ce Livre ne profitera pas seulement au peuple de cette Eglise: mais aussi a tous ceux qui désireront savoir, quelle forme doivent tenir et suivre les fidèles, quand ils conviennent au Nom de Jésus-Christ. Nous avons donc recueilli en un sommaire la façon de célébrer les Sacrements, et sanctifier le mariage: semblablement des prières et louanges, desquelles nous usons. Nous parlerons puis après des Sacrements.

Quant est des prières publiques, il y en a deux espèces.

Les unes se font par simple parole: les autres avec chant. Et n'est pas chose inventée, depuis peu de temps. Car dès la première origine de l'Eglise, cela a été; comme il appert par les histoires. Et même saint Paul ne parle pas seulement de prier de bouche, mais aussi de chanter. Et à la vérité, nous connaissons par expérience, que le chant a grand' force et vigueur d'émouvoir et enflamber le cœur des hommes, pour invoquer et louer Dieu d'un zèle plus véhément et ardent. Il y a toujours à regarder, que le chant ne soit pas léger et volage : mais ait poids et majesté, comme dit saint Augustin, et ainsi il y ait grande différence entre la musique qu'on fait pour réjouir les hommes à table et dans leur maison, et entre les psaumes, qui se chantent en l'Eglise, en la présence de Dieu et de ses anges. Or quand on voudra droitement juger de la forme qui est ici exposée : nous espérons qu'on la trouvera sainte et pure : vu qu'elle est simplement réglée à l'édification, dont nous avons parlé, combien que l'usage de la chanterie s'étende plus loin. C'est que même par les maisons et par les champs ce nous soit une incitation et comme un organe à louer Dieu, et élever nos cœurs à lui pour nous consoler, en méditant sa vertu, bonté, sagesse et juStice. Ce qui est plus nécessaire qu'on ne saurait dire. Pour le premier, ce n'eSt pas sans cause que le Saint Esprit nous exhorte si soigneusement par les saintes écritures, de nous réjouir en Dieu, et que toute notre joie soit là réduite, comme à sa vraie fin.

Car il connaît combien nous sommes enclins à nous réjouir en vanité. Tout ainsi donc que notre nature nous tire et induit à chercher tous moyens de réjouissance folle et vicieuse : aussi au contraire, notre Seigneur, pour nous distraire et retirer des allèchements de la chair et du monde, nous présente tous moyens qu'il est possible, afin de nous occuper en cette joie spirituelle laquelle il nous recommande tant. Or entre les autres choses, qui sont propres pour recréer l'homme et lui donner volupté, la Musique est, ou la première, ou l'une des principales: et nous faut estimer que c'eSt un don de Dieu député à cet usage. Pourquoi, d'autant plus devons-nous regarder de n'en point abuser, de peur de la souiller et contaminer, la convertissant en notre condamnation où elle était dédiée à notre profit et salut. Quand il n'y aurait autre considération que cette seule, si nous doit-elle bien émouvoir à modérer l'usage de la musique, pour la faire servir à toute honnêteté et qu'elle ne soit point occasion de nous lâcher la bride à dissolution, ou de nous efféminer en délices désordonnées, et qu'elle ne soit point instrument de la paillardise ne d'aucune impudicité. Mais encore y a-il davantage. Car à grand'peine y a-il en ce monde qui puisse plus tourner ou fléchir çà et là les mœurs des hommes, comme Platon l'a prudemment considéré. Et de fait nous expérimentons qu'elle a une vertu secrète et quasi incrédible à émouvoir les cœurs en une sorte, ou en l'autre. [ ... ]

 
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Pour consentir à vivre, il faut rêver sa vie
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