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Alain Vanet
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Rue de Levis Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Sur la droite
c'est le « Moulin de la vierge »
la boulangerie
le pain n'y est pas bon
dans la bouche il laisse
une amertume...
Mais, même sans le pain,
elle est parfois amère
ma bouche...
La vitrine est jolie
pourtant
à l'ancienne
mais la vendeuse...
Ah ! La vendeuse
sa tristesse est pire
que la mienne.
Et en sortant de la boutique
la rue est vide
et le trottoir luisant

Une droguerie sur la gauche
un peu plus loin
caddie, balais en tous genres,
ampoules électriques et déodorants
petits riens et grand discours
la patronne, accorte, oui c'est elle
qui passe à la télé...
C'est pas comme son mari
le type à la blouse grise
qui lui aussi est tellement gris
derrière son comptoir,
debout, princier et conseilleur,
il enregistre, il enregistre encore, il enregistre toujours
Ce n'est pas un homme, c'est une machine.
Et je l'imagine,
le lundi après-midi
enregistrer sa femme aussi
sur un lit défait et déjà douteux
dans un premier étage, toisant
une rue vide
et un trottoir luisant

Un peu plus loin, ce sont les légumes
tomates, concombres et haricots
« Allez-y, c'est tout frais »
Bananes, oranges et gros melons
« Allez-y, c'est tout bon »
Il a le sourire, le Marocain,
mais parfois,
à d'autres moments,
le béret sur les yeux
il est loin, très loin, le Marocain,
au-delà de la mer,
le long des dunes,
sous les dattiers,
tout près d'un voile au regard pénétrant.
Rêvant d'un corps
qui le chavire,
oui, il est loin, très loin
de la rue vide
et du trottoir glissant

Il fait beau
le soleil luit
et c'est dimanche,
les filles sont jolies,
les femmes sont belles.
Les chiens se faufilent
et ce pigeon au gros au jabot
se dandine
l'oeil pourtant fixe et méfiant.
Les hirondelles sont là,
annonçant le printemps.
Rires et cris s'entrecroisent
les appels des marchands
et les jeux des enfants ;
tout est si gai,
tout est si grand,
pourtant la rue est vide
et le trottoir luisant

Las! c'est dimanche
le soleil déjà décline,
la rue m’abandonne
quelques passants se hâtent
vers le journal télé
Et je marche,
je me traîne,
je me pousse
hâlé par la tristesse,
soutenu par les ans
vers le lundi vitreux
d'une semaine habituelle
et un avenir désespérant
comme
cette rue vide
et ce trottoir luisant.

 

22.10.2007

image : commons.wikimedia.org
 
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